Je réponds à ta lettre que j’ai reçue encore ce matin avec grand plaisir en apprenant que vous êtes toujours en parfaite santé et puis tu as l’air de te foutre des femmes Corses, pourtant tu sais il y en a qui sont jolies autant que celles de Désaignes.
Tu trouves qu’elles n’ont pas une belle tenue. Si tu étais ici, tu ne dirais pas ça, car elles sont bougrement à la mode. Tu sais les souliers ont au moins 20 cent. De haut le talon seulement et puis il n’est guère plus large qu’une pièce de 10 sous. Elles sont jolies à voir marcher, et puis leurs robes ne sont pas trop larges, juste elles peuvent mettre un pied devant l’autre. Temps en temps, ça nous fait rigoler. Autrement il y en a beaucoup qui n’aiment pas les soldats, elles préfèrent les cabots ou les sergents, elles aiment les galons, alors tu sais il est probable que je ne pourrais point en ravir comme tu me dis, autrement il y en a qui sont vaillantes. Enfin bref, ni plus, ni moins, elles ne me conviennent pas.
Ma santé est toujours excellente. Comme je te l’ai dit hier, j’ai été de garde. Je l’ai quittée ce matin à 10h. Alors la nuit passée, je n’ai pas trop dormi. J’ai pris la garde de 10h à minuit et puis de 4 à 6h ce matin. Alors ce soir, j’ai sommeil malgré que je m’étais bien rattrapé à l’hôpital. A présent, je ne m’en aperçois plus, malgré que je n’ai pas pu aller souper en ville. Ce soir nous avons bu un bon coup et nous sommes bien amusés.
Il est très probable que je verrais arriver les femmes comme tu me dis mais tu peux croire qu’on passerait de beaux moments avec ces petits bleus, alors Paul Jaubert vient en Corse. Il et probable qu’il viendra ici à Corté comme c’est le dépôt. Je ne sais pas trop si lorsqu’ils seront arrivés, on nous fera pas coucher sous les tentes, car on en a monté là-bas près de la minoterie. On ne nous en a pas encore parlé. Pourel du Crestat, il me semble que je le connais, mais je n’en suis pas bien sûr, mais je verrais ça sans tarder.
Ce soir, nous sommes allés au tir de combat, mais je te promets que nous n’avions pas froid. On transpirait comme au mois de juillet, tant il faisait chaud. Si il fallait passer l’été ici, on y crèverait dans ces trous de Corse.
Toi tu voudrais qu’il n’y ai pas d’habit neuf pour moi, mais tous les jours on en fait puis si je restais ici, ce serait marque que je ne suis pas un homme et pourtant je suis capable comme les autres d’aller à la guerre et je ne crèverais pas plus la haut qu’ici.
Enfin il y en a assez pour aujourd’hui, ne vous faites pas du mauvais sang car tu sais moi je ne m’en fais pas. Embrasse le papa et la maman, le bonjour au reste de la maison et à toi les meilleures amitiés de ton petit soldat. Vareille.