5 avril 1915 (arrivée le 8 avril) - Corté - Ma chère Blandinette…

Je réponds à ta lettre que j’ai reçue avec tant de plaisir en apprenant que vous êtes tous en bonne santé. Pour moi, il en est de même. Je me porte à merveille puis on se fait un peu plus de bon sang qu’à l’hôpital et nous sommes très bien nourris. Le matin, facilement nous avons deux quarts de café et à midi, nous avons un quart de vin. Nous sommes tout à fait bien alors Louis Reboublic n’est pas trop bien soigné, c’est malheureux ne pouvoir pas manger à réflexion et surtout ne pouvoir même pas le dire.
Espérons que ça finira bientôt. Les Autrichiens demandent la paix. Les Turcs ont tués les officiers allemands qui les commandaient et les Français gagnent du terrain. Hier, j’ai vu sur la carte que tout le long de la frontière, on les avait beaucoup reculés. Ils s’approchent de la frontière allemande du côté de l’Alsace Lorraine. Il y a une bonne longueur où ils sont beaucoup en territoire allemand. Je crois que ça finira bien plutôt que tout ce que vous pensez.
Je pense que tu auras reçu les cartes que je t’ai écrites hier sur lesquelles je te disais que ce soir, j’allais souper en ville et voilà que je ne puis pas y aller. A 10h, il m’a fallu prendre la garde entre Vallon de Saint-Félicien. Là on est très bien aussi, seulement cet après-midi, nous avions quartier libre, alors ça ne me va que tout juste, et surtout qu’à 9h, il y avait un sermon. Le frère faisait ces adieux, alors j’aurais eu le plaisir d’y assister, mais c’est impossible.
Samedi, j’ai reçu des lettres m’annonçant le départ de ces jeunes soldats. Les autres passent le conseil vers le commencement de mai, mais il faut espérer qu’ils ne partiront pas, d’ici là ça ira mieux.
Tu peux croire que moi, j’ai toujours bon espoir, je ne me fais pas du mauvais sang. Il s’en faut faire comme moi, vous serez toujours contents et joyeux.
Je te remercie bien de tes violettes car elles sont arrivées bien jolies.
Depuis samedi soir, je couche avec mon escouade. Tu peux croire qu’on fait une jolie vie tous les soirs.
Je crois que je t’en ai assez dis pour aujourd’hui. Il fait un beau temps superbe. Embrasse bien le papa et la maman, Maria et Riri de ma part. Le bonjour à Rémy et pour toi, les meilleurs souvenirs et caresses de ton petit Soldat qui pense à vous. Riri Vareille.