Je réponds à ton aimable lettre que je viens de recevoir avec grand plaisir en m’apprenant que vous êtes en assez bonne santé. Pour moi, je me porte toujours à merveille, ai toujours très bon appétit, la soupe et la ratha, ce n’est pas mauvais.
Aujourd’hui, nous avons été au tir ce matin avant la soupe et l’après-midi, nous avons fait une tranchée, on nous a donné une pelle et un pic et puis on s’est amusé à tourner la terre, mais on tâchait moyen de ne pas trop se forcer. Une fois la tranchée faite, nous avons fait la petite guerre. Ce qui était bien amusant, véritablement, on passe de très bonnes journées.
Alors à Désaignes, on y dit toujours des mensonges, les réformés dont tu me parles, pour moi je n’en connais pas d’autre que Verilhac. Il y en avait une bande qui doit être proposé pour la réforme mais mercredi, il ont passé la visite et non le conseil et sur peut-être plus de 20 qu’ils étaient, il y en eut un seul de proposé pour l’auxiliaire et encore proposé. Tous les autres ont repris leur service, on ne les réformera pas si facilement que ça. Il y en a vous savez qui pourtant ne pèse pas bien car ils sont bien petits et pourtant ils marchent bien quand même, quant à Albert, il n’en a pas été question d’être réformé, pas plus que moi. Il continue à suivre le peloton, nous sommes ensemble la moitié du jour et des fois, toute la journée. A présent, on est au courant tous les jours, nous faisons les mêmes bêtises.
Le matin on fait à droite, à gauche, demi-tour, position du tireur, debout, à genoux et couché, et l’exercice à la baïonnette et après-midi à droite par quatre, des rassemblements et en tirailleur voilà le travail que nous faisons et toutes les heures, nous avons une pose. Enfin c’est un bon métier de fainéant puis nous avons un sergent qui est des meilleurs hommes qu’on puisse trouver encore, je ne lui ai jamais vu punir un homme et puis il ne nous fait pas bûcher du tout, c’est un Corse.
Ici il fait quand même moins froid que chez vous, je n’ai encore jamais pris mes gants, mais j’ai envie de les prendre demain, car le réveil est à 5h30 et partons à 6h pour aller au tir de combat. Alors le matin, il ne fait pas bien chaud mais dans la journée, il fait chaud.
Alors Julien doit être content de revenir au Vergier, donne lui le bonjour de ma part et le pauvre Pierre doit l’avoir senti passé si c’est comme tu me dis.
Je pense que tu recevras la photo que je t’ai envoyée hier et demain ou après-demain, il y en aura une autre des mêmes.
Plus rien pour aujourd’hui. Embrasse bien le papa et la maman de ma part ainsi que toi, le bonjour à Rémy. Ton petit frère qui pense à vous. Vareille Henri.
PS : aujourd’hui, j’ai reçu une lettre de Carle me disant qu’il sort de l’hôpital Il y est passé 20 jours et maintenant il est au dépôt.