3 Fev 1915 - Corté - Ma chère Blandinou...

Deux mots pour te faire de mes nouvelles qui sont toujours très bonnes. Je me porte toujours à merveille et j’espère bien que ma lettre vous trouvera tous de même.
Aujourd’hui, nous avons fait une marche avec le sac au dos et garni, mais je ne le trouve pas lourd. Du reste, moi je l’ai toujours porté plein et puis au fait de notre petite marche, nous avons fait environ 16 km. C’est la première fois que je passais de ce côté-là, mais c’est toujours le même pays, on ne voit jamais rien de cultivé. Du côté où nous avons passé aujourd’hui, il y avait beaucoup de chênes verts et pourtant j’ai vu un petit carré de blé.
Je crois qu’on ne nous dira pas bien de nous mener à Bastia quelques uns, on dit par là autour du 19 février, du 20. Alors on serait au pays chaud.
Ici, dans la journée, il fait assez chaud au soleil, mais la nuit il gèle encore autrement, on n’endure pas froid du tout. Alors à Dessaignes, il n’y fait pas chaud. A ma lettre, j’y joins une photographie qui va peut-être vous étonner, il y a toute l’escouade. Je pense que vous n’y saurez voir. Dimanche, je vais me faire tirer seul, alors vous me verrez mieux à votre aise.
Albert a touché plusieurs mandats, aussi maintenant il sort tous les soirs, mais c’est son affaire. Je lui avais prêté 40 sous et il me les a rendus.
Plus rien de nouveau pour aujourd’hui, au moins vous ne gardez jamais peine car ici on ne se fait pas du mauvais sang. Nous avons toujours de quoi manger. Aujourd’hui, à 10 h, après la soupe nous avons eu le café et un coup de vin. Embrasse bien le papa et la maman pour moi. Bonjour à Rémy. Ton pioupiou qui pense à vous. Vareille H.