Je réponds à ta lettre que je viens de recevoir avec grand plaisir, en m’apprenant que vous êtes en assez bonne santé. Pour moi, je me porte toujours à merveille et toujours un appétit d’enfer, mais je dois avoir engraissé car je suis obligé de changer les boutons de ma veste, autrement je ne peux plus la boutonner, alors tu vois par là que je ne dois pas languir.
Ici, le temps n’est pas bien chaud non plus, il gèle encore ces jours-ci, mais à présent, la neige s’est reculée. Dans la journée, il fait chaud. Pour le froid, on en endure pas du tout. Du reste, il fait moins froid que chez nous, au moins jusqu’à présent.
Pour les oranges, elles ne se récoltent pas à Corté car ce n’est pas assez chaud. Ici, il n’y a que des oliviers ou figuiers, quelques pêchers, poiriers, cerisiers, quelques châtaigniers et c’est tout. Des orangers, j’en ai vu à Bastia, alors c’est beaucoup plus chaud qu’ici.
Aujourd’hui, nous avons passé une très bonne journée, nous avons presque rien foutu. On nous avait donné 2 cartouches chacun, en carton pour faire la petite guerre et puis il y a eu contre ordre. Notre section a resté couchée presque toute l’après-midi.
Aujourd’hui, on nous a de nouveau fait manger la soupe à 10h30. Nous sommes allés à l’exercice de 7h30 à 9h30 et de là, on s’est reposé jusqu’à midi et de midi à 16h. Voilà notre journée d’aujourd’hui qui s’est très bien passée.
Hier, de nouveau, je suis allé aux Vêpres. Il y avait un autre enterrement. J’ai vu Tourasse, mais je n’ai pas pu lui parler, car c’était au moment où je rentrais à l’Eglise.
J’ai reçu une lettre de Rémy aujourd’hui aussi qui me dit qu’il va très bien et fait le même travail que nous ici. Heureusement, il est toujours au même endroit. J’ai aussi reçu une de Chodoreille de Mémé qui me dit que dimanche il est allé aux Auches avec son papa. Il paraît qu’il y a bu un café qui était tout bon pendant que les deux pioupious boivent du jus de xx. Cependant il n’est pas mauvais. Seulement que les ouvriers oublient souvent d’y mettre assez de sucre.
Plus grand-chose pour aujourd’hui. Lorsque les jeunes soldats auront passé le Conseil, envoyez-moi de suite ce qu’ils ont fait les deux Léon et Ferdinand de Jamaysse.
Surtout ne portez jamais peine car ici on ne risque absolument rien du tout et jamais on ne se fait de mauvais sang.
Embrasse bien le papa et la maman pour moi sans t’oublier toi si tu veux et de ma part entends bien : Ton petit pioupiou qui pense à vous tous et ne s’en fait jamais. Vareille Henri.
PS : Albert vous embrasse tous.
PS2 : Les oranges, on les paye 3 sous pièce ou 3 pour deux sous. Je me paye assez souvent quelques cigares, ils ne sont pas mauvais.