3 avril 1915 (arrivée le 10 avril) - Corté - Ma chère Blandinou…

Deux mots pour te donner de mes nouvelles et en apprendre des tiennes dont je pense que vous êtes toujours en parfaite santé. Moi je me porte toujours à merveille et tu peux croire qu’on ne se fait de mauvais sang.
Hier je suis allé voir la procession qui a fait le tour de la ville. Tu peux croire qu’il y avait du monde et chacun portait une bougie. C’était tout à fait joli dans la ville. A chaque fenêtre, il y avait 3 ou 4 bougies qui brûlaient. Ici, il y a beaucoup de pénitents, il y en avait 3 ou 4 qui avaient la figure couverte d’un linge blanc, où il y a juste deux trous pour les yeux. Ca alors, c’était infâme à voir. Un de ceux-là portait une croix. Des soldats pointaient un grand Christ sur un brancard. J’ai trouvé ça tout à fait superbe.
Jeudi soir, je suis allé prêcher la passion où on a fait aussi la procession, mais c’était moins joli que hier. Ce soir, je m’en vais aller me confesser, pour faire mes Pâques demain. Je voulais demander la permission, mais on vient de lire au rapport nous avons quartier libre demain fêtes de Pâques à partir de 6h et demain j’irai à la messe de 7h, ce qui me fait grand plaisir car j’avais peur de ne pouvoir pas les faire. Il y a aussi plusieurs de mes camarades, alors nous irons tous ensemble.
Lundi, le matin nous irons au lavage et après-midi nous aurons encore quartier libre.
Maintenant nous sommes nourris comme des poulets, tous les jours nous avons un quart de vin.
Aujourd’hui, j’attendais une lettre de toi, mais il n’y en a point eu. J’en ai reçu une de Rémy qui va toujours très bien. Maintenant il me dit qu’il est à Saint-Jean les Deux Jumeaux, il fait des tranchées, mais il ne va pas vite, que dans sa journée, il me dit qu’il ne doit pas avoir tourné plus de 10 kg de terre. Je vois qu’il sait se ménager.
J’en ai reçu une de Ferdinand de Jamaysse qui me dit qu’il part le 10. Ils ont l’air bien ennuyé et il y a de quoi depuis le temps qu’ils n’ont rien reçu de Régis. J’en ai aussi reçue une de Maritou qui me dit que les deux Léon vont ensemble à Toulon au 112ème, comme ça ils ne languiront pas.
Cet après-midi, je vais aller au tir parce que je suis en retard. Hier, on nous a pourtant pas fait manger de viande, le matin, il y avait de la Morue et le soir un plat de macaroni et un morceau de fromage.
Nous avons un nouveau capitaine : à présent, on nous fait tirer avec les balles dont on se sert sur le front. Recevez les meilleures amitiés de votre pioupiou qui pense à vous. Riri.