Je réponds à votre lettre qui nous a fait bien plaisir de recevoir de vos nouvelles et de voir que vous êtes tous en bonne santé et je désire que tous ceux qui sont éloignés de nous tous en soient de même.
Chez nous, nous allons tous bien. Daniel a repris son travail comme avant la guerre voilà bientôt 2 mois et les enfants ont toujours leur même travail et se demandent à quand reprendra la vie ordinaire mais ce n’est pas qu’on se plaint car vraiment il y en a des quantités qui sont plus malheureux que nous. Elles peuvent nous en dire quelque chose quand on voit des jambes coupées et des bras, des aveugles, des jeunes gens et des pères de famille. C’est là qu’on voit la misère noire pour ces jeunesses.
Le bon Dieu est bon mais en ces moments, il nous a bien abandonnés car vraiment pour laisser ces estropiés, tant de monde, sans compter tous ceux qui restent sur le front. Quel massacre. Espérons que le mois de Marie nous sera favorable et que nous serons victorieux sous peu.
Chère sœur, tu me dis que Rémy est parti plus loin, peut-être sur le front, il ne faut pas vous désoler, nous avons des protections de Dieu. Il faut espérer qu’il vous rendra vos enfants sains et saufs. Encouragez bien Maria et rassurez-la pour le mieux, elle qui a une grande tâche à accomplir avec toutes ses terres et ses récoltes, mais elle est protégée, elle a la santé et un petit garçon qui la suit de pas à pas et qui l’encourage dans sa peine. Elle est heureuse de vous avoir auprès de vous car elle est moins désolée.
Chère sœur, vous me dites que Désaignes est bien éprouvée et que vous avez beaucoup de morts, je veux bien le croire. Ici à Lyon, on ne voit que des femmes en noir. Que cela fait donc de la peine. Jusqu’à présent, nous n’avons pas souffert des vivres que quelques jours au commencement de la mobilisation, mais à présent je ne sais ce qu’on va faire, car tout augmente, tout est hors de prix. Enfin ne nous plaignons pas, c’est la volonté de Dieu. Il faut croire que nous méritons d’être battus sur toute façon.
Chère sœur, aujourd’hui j’ai vu la femme de M. Brazie. Il était blessé voilà bientôt 4 mois. Une balle lui a traversé la bouche. Il va bien à présent, il attend le Conseil de Réforme.
Chère sœur et frère et chère cousine, embrassez ce petit ange pour nous tous. Mélanie.
PS : Daniel et les enfants se joignent à moi pour vous offrir leurs meilleures amitiés et garde pour toi mes bons baisers.