21 avril 1915 - Corté - Ma chère Blandine…

Hier, je te disais sur ma lettre que je n’étais pas nommé, mais aujourd’hui on m’a nommé. Et on nous a tous habillé à neufs, chemise flanelle, tricot, caleçon, une paire de chaussettes, gants, cache-nez. Enfin tout le fourbi, mais c’est avec plaisir que je pars car au moins je serai avec tous mes camarades.
Demain, nous passons les revues devant le Commandant. Albert ne part pas, tu peux croire qu’on ne se fait pas de mauvais sang. Tâchez moyen d’en faire de même, je n’ai pas vu Paul Jaubert et j’ignore si je pourrai le voir avant de partir.
Je pense que vous êtes tous en bonne santé, pour moi je me porte toujours à merveille. Je pense que maintenant je trouverai des anciens copains, ce qui me fera plaisir et au moins je serai en France.
Plus rien de nouveau pour aujourd’hui. Votre petit soldat qui vous embrasse bien tendrement. Pour sortir de Bastia, jamais on ne m’avait fait faire demi-tour mais aujourd’hui ce ??? faisait faire demi-tour. A vous, Riri.