Je réponds à ta lettre qu’Albert m’a apportée hier soir, tu peux croire que j’étais content de voir que vous êtes toujours en bonne santé. J’étais en train de jouer aux cartes, mais j’ai tout abandonné pour vite décacheter la lettre. Pour moi, ma santé est toujours excellente et encore aujourd’hui on ne m’a as mis sortant. Je vois que je finirais mes 20 jours, c’est pourtant se foutre du monde me garder si longtemps ici, comme tu me dis j’ai bien le temps de dormir, aussi j’en profite. Je serais quand même vite à la fin, quoiqu'à la caserne, j’aurais encore 6 jours de flemme.
Dans la journée, je réfléchis sur tout le travail que vous avez à faire. Jules et toi vous nettoyez les prairies. Vous devez faire du bon travail tous les deux. Il me semble que je vous vois vous disputer tous deux car ça doit vous arriver plus d’une fois de vous engueuler. Si Rémy avait le temps, on ferait bien de lui faire travailler la vigne avant de semer les pommes de terre. En même temps, tant qu’elle n’a pas passé, c’est plus commode. On n’a pas peur de casser les yeux.
Pour mes lettres, elles arrivent aussi bien ici qu’à la caserne. Au lieu de les avoir le matin, je les ai le soir et comme tu dis, j’en ai reçu 3 datées une du 15, l’autre du 17 et celle d’hier du 19, ce qui bien l’affaire.
Tant mieux que votre petit Ferdinand travaille bien, ce n’est pas malheureux qu’il soit plus dégourdi que Choulou. Alors la Fayne est aussi partie, combien l’a-t-on payée ? les paye-t-on de suite comme au commencement ?
Aujourd’hui les mitrailleurs sont partis. Peut-être vendredi, il partira des fantassins mais ce n’est pas encore bien sûr. Ils en sont sûr la veille pour partir le lendemain, on ne les avertit pas bien à l’avance. Albert me dira ça demain soir, car il m’apportera encore quelques lettres. Il a reçu un mandat de 5 francs hier, c’est moi-même qui le lui ai tiré ici à l’hôpital car à la caserne, il ne l’aurait touché que samedi. Teyre n’est pas parti mais il est nommé alors d’un jour à l’autre, il peut débusquer.
Depuis dans l’après-midi nous avons la pluie fine mais ça tombe tout le temps. Le temps est toujours bien doux, aussi la campagne reverdit. Tous les jours, on s’en aperçoit.
Je m’en vais t’expliquer la population et les soldats qu’il y a dans Corté. Il y a 5000 habitants et 20 à 25 000 soldats, alors tu vois dans une si petite ville, les soldats que nous sommes c’et le dépôt du 173ème aussi en ce moment, on ne voit que des femmes, des enfants ou des soldats. La plus part des habitants ne nous regarde pas trop avec des yeux doux.
Plus rien de nouveau pour aujourd’hui. Embrasse bien le papa et la maman, Maria et Riri qui doit bien vous amuser à présent et toi, fais-toi bitounner si tu veux. Reçois de ton petit soldat les meilleures amitiés. V. Henri ou Riri.