23 fév. 1915 (arrivée le 28 fév.) - Corté - Ma chère Blandinou,

Aujourd’hui mardi, j’ai reçu deux de tes lettres et tu peux croire que j’étais aussi content que toi, surtout en apprenant que vous êtes toujours en assez bonne santé, mais je vois que vous commencez à être inquiet de mon départ, mais cependant moi je ne sais encore pas quand nous partirons. A la 30ème, comme je te l’ai déjà dit, il y a 250 d’inscrits, mais ils ne savent pas du tout quand est-ce qu’ils partiront.
Albert a envoyé un mensonge chez lui, puisque nous sommes le 23 et nous sommes toujours ici, mais cela n’empêche pas que moi je crois que nous ne tarderons pas bien à partir, seulement on doit s’arrêter à Bastia, à Marseille et puis de Marseille, on ne monte pas directement sur le front, alors d’ici à ce que nous soyons devant les Prussiens, il y en a encore pour quelques jours, en attendant nous verrons. Dans tous les cas, que cela ne vous fasse pas du mauvais sang, car j’ai confiance à la Sainte-Vierge et j’espère qu’elle me protégera jusqu’à la fin. En même temps, elle nous aidera à repousser ces Alboches qui ont l’air de te faire du mauvais sang, mais tu peux croire qu’ils ne m’en font pas à moi. Si je ne dois pas mourir cette année, je ne crèverai pas plus là-haut qu’ici.
Tu peux être tranquille sur ma conduite et matin et soir, plus ou moins longue mais je fais toujours un peu de prière et à plus forte raison quand je serais sur le front, dans tous les cas, soyez toujours bien tranquille. Tu peux croire que je me conduirais toujours comme je l’ai fait jusqu’à présent et plutôt mieux à présent que je suis soldat. Je dois faire mon devoir.
Alors tu me dis qu’on a enterré le pauvre Léon de Saint Prix, c’est pourtant trop malheureux. Ses pauvres filles n’ont pas de la chance. Heureusement qu’il y a la femme d’Elie là pour tenir compagnie à cette pauvre Mélanie.
On fait partir les réformés, je m’en suis aperçu aujourd’hui à mon escouade, il est arrivé 3 Corses de ces réformés, il y a un qui a payé 13 litres de vin à la chambre alors tu vois comme on se fait de la bile. D’ici une dizaine de jours, il doit en arriver 100 à ma compagnie. Par conséquent, il nous faut bien partir pour leur faire de la place, mais il y en a qui ne paraissent pas trop contents.
Aujourd’hui, sommes restés dedans toute la journée, il faisait un vent de tous les diables et par moment, il y avait des giboulées de neige, autrement le temps n’est pas froid, demain nous devons aller en marche, alors nous passerons une bonne journée comme aujourd’hui.
Aujourd’hui Albert a été obligé d’aller de nouveau au peloton alors maintenant que crois qu’il va continuer.
Plus rien pour aujourd’hui, embrasse bien le papa et la maman pour moi, surtout ne vous faites pas du mauvais sang. Le bonjour à Rémy. Embrasse aussi Riri et Maria et toi, fais-toi embrasser de ma part. Ton petit frère qui pense à vous tous. Vareille H.
PS : les vaches vont-elles bien ? il doit y en avoir qui ont fait le veau.