21 Fev 1915 - Aix-en-Provence - Chers cousin et cousine...

Depuis ma dernière lettre et même depuis que j’ai reçu la vôtre du 20/01/1915, ils m’ont changé deux ou trois fois de place. Je suis parti d’Aix-en-Provence le 10/01/1915. Je suis été à Saint-Chamas sur le bord de la mer pour travailler dans une poudrière où je suis resté jusque ces jours ci. Je suis arrivé hier samedi à Aix rejoindre mon dépôt. Je pense qu’ils vont nous renvoyer pour quelques semaines provisoirement.
Comme père de six enfants, je ne sais pas au juste quand nous devons partir et la poudrière, c’est encore un vilain travail. On travaille nuit et jour, dimanche et fêtes. Nous n’avions pas même le temps de nous tenir propres, autrement le travail n’aurait pas été trop pénible, seulement il fallait être présents les heures de travail et pas trop bon à la santé. Il y en a qui sont jaunes comme des citrons.
Je n’ai pas encore écrit à Henri qui doit être toujours en Corse.
Enfin, chers cousins, je ne sais pas de quoi vous raconter, vous connaissez la situation de la guerre comme moi. On ne sait pas à quand ça finira. Il ne faut pas toujours y penser, cela est préférable.
Je termine donc ces quelques mots en attendant le plaisir de nous revoir dans quelques jours. Je suis en assez bonne santé et je désire que ma lettre vous trouve ainsi. Votre cousin qui pense souvent à vous autres et au pays. Vareille Joseph au 145ème xx, 14ème compagnie, 10ème escouade. Aix-en-Provence