26 fév. 1915 (arrivée le 2 mars) – Corté - Ma chère petite sœur…

Aujourd’hui, j’ai reçu 5 lettres dont une de ta part qui m’a fait un très grand plaisir en m’apprenant que vous êtes toujours en assez bonne santé. Pour quant à moi, je suis toujours dur comme un chou et le ratha est toujours bon et il y en a toujours assez.
Le matin n’est jamais pénible, je crois bien que ceux qui sont en France doivent turbiner plus que nous, ici réellement on passe de belles journées. On ne travaille guère que pour se distraire. Ce soir, de 8 à 10h30, nous avons marché de nuit.
Ce Teyre dont tu me demandes des renseignements et dont nous sommes bien amis est certainement un Ardéchois, il est de Grozon, alors nous sommes du même pays, puis c’est aussi un cultivateur, alors tous les deux nous parlons à notre aise, c’est le cousin de Mimi Crouz et le père Crouzet de Saint-Ciege est donc son oncle, alors tu n’as qu’à lui en demander des renseignements et il te mettra au courant, mais tous les deux nous nous entendons très bien.
Alors cette fois, vous n’avez plus la lovette, on l’a raisonnablement payé ? et la Gallarde ? vous faites bien de la vendre aussi. Le veau de la Giroflée puisqu’il ressemble bien à celui de Groûle, vous devriez aussi le nourrir. Le taureau de Groûle le liez-vous toujours ?
De nouveau, la chèvre est crevée, enfin je vois que vous ne ferez pas votre facture avec ces chèvres. Vous voyez qu’il ne faut pas passer les défenses, c’est pour ça qu’elle crève toujours.
A ma lettre, j’y joins deux photos : une où je suis seul inconnaissable et une autre avec Albert où je fais pour avoir autant. Je suis bien sur la première, je suis vilain sur celle là aussi, aussi j’en fais plus faire. Dimanche je me ferais retirer et peut-être je serai un peu mieux joli car vraiment là j’ai honte de ma gueule. J’ai pensé que ça vous ferait un peu plaisir en attendant que je puisse en envoyer d’autres.
Aujourd’hui le temps est un peu pus froid, les deux derniers jours de février voudront peut-être se faire sortir un peu.
Je ne vois plus grand-chose pour aujourd’hui. Embrasse bien le papa et la maman pour moi, le bonjour à Rémy et surtout ne vous faites jamais de mauvais sang, car ici on ne s’en fait pas et pour toi Blandine les meilleurs petites bisettes de ton petit soldat. Vareille Henri.