22 Mars 1915 – Corté - Ma chère Blandine...

Comme je l’ai dit hier, ce matin Albert est parti avec Tison.
Après avoir mangé la soupe, je suis allé chier et puis comme d’habitude j’ai fumé ma pipe et après je me suis mis à t’écrire. Ca me fait passer un moment et en même temps je te donne de mes nouvelles qui sont toujours excellentes. Donc je pense que ma lettre vous trouvera tous de même.
Ce matin, je pensais bien que le Major m’aurait mis sortant, mais non, il m’a examiné, m’a dit que j’étais guéri et m’a laissé encore aujourd’hui. Il est probable que ce sera pour demain. Du reste maintenant, je m’ennuierais car il ne restait que Vallon comme camarade et il s’en va demain. Alors je serai seul, ce qui fait que je préfère partir, car tu sais c’est quand même une triste vie toujours dedans.
Hier dans l’après-midi, j’ai eu la visite de Teyre et de Vallon de Saint-Félicien, ils ont été nommés tous les deux pour partir premier convoi, mais ils ne savent pas encore sûr si ce sera vendredi ou mardi prochain, ce qui fait que nous allons nous séparer. Ce soir, si Albert peut sortir, il viendra me voir et en même temps m’apportera mes lettres car j’en attends bien une de ta part.
Moi j’ai été guéri 4 ou 5 jours avant lui et je sors après lui. Moi je ne serai pas loin de rester 20 jours car il y a 17 jours aujourd’hui. Nous avons 6 jours de repos à la caserne, ce qui fait à peu près 26 jours que nous avons tiré une bonne flemme.
Aujourd’hui j’ai vu des pêchers fleuris. Le temps est toujours bien doux, mais aujourd’hui il est tout à fait couvert. Je ne vois plus rien de nouveau pour aujourd’hui, il ne me reste qu’à bien vous embrasser tous, mais par la poste et de loin, en attendant nous aurons le plaisir de nous embrasser de plus près. Ton petit soldat qui pense à vous et ne s’en fait pas. Henri.
PS : Avez-vous attaché un peu les treillages et faites attention si il y avait quelques barres pourries, il faudrait la changer. Ne pas les laisser tout à fait tomber si cela était possible.