Hier soir j’attendais une lettre de toi mais tu m’as trompé, il n’y en a pas eu. Alors je l’attends demain soir. Ma santé est toujours parfaite et je pense bien que ma lettre vous trouvera tous de même.
Tu sais si je n’étais pas venu à l’hôpital, je partais pour Bastia vendredi 26/03/1915, car hier samedi on en a nommé 80 ou 100 par compagnie. Des pus vieux, et moi j’ai été nommé mais comme je suis ici, ce sera pour une autre fois. Albert n’a pas été nommé, je crois que c’est comme il suit le peloton. Je crois que Teyre a été nommé aujourd’hui, il doit venir me voir alors je regrette de ne pas partir avec lui et puis c’est avec plaisir que je quitterai Corté. Heureusement que j’ai d’autres camarades ici qui partiront avec moi.
Ce matin, on a mis Albert sortant avec Tison qui sont arrivés après moi, ils partent demain matin, et moi je crois que demain on va me mettre sortant aussi. Alors je partirai mardi avec 6 jours de repos à la caserne, alors on aura toute la semaine pour tirer la flemme.
Vendredi passé, ici on célébrait la fête de Saint-Joseph, on a fait la procession tout le tour de la ville. Il y avait 8 pénitents qui portaient Joseph, c’était bien joli.
Hier j’ai reçu une lettre de Maritou qui est à Monteil. Elle me dit que ses parents sont bien ennuyés à cause que Léon part. Mais pourtant il y en a tant d’autres qui sont partis et qui partent encore. Il n’y a pas pourtant à s’en faire du mauvais sang, car lui n’est pas encore près à aller tuer des boches et d’ici là, il faut espérer que tout se sera arrangé.
Nous avons toujours un bon temps superbe, plus rien de nouveau pour aujourd’hui. Au moins, ne vous faites pas de mauvais sang car ici on ne s’en fait pas, vous pouvez croire. Votre petit pioupiou soldat d’un sou pense à vous tous. Le bonjour à Rémy et Jules. Henri.