20 Mars 1915 - Corté - Bien chère Blandinette…

De nouveau cet après-midi, après avoir fumé ma cigarette, je te fais une petite lettre et c’est mon travail de tous les jours. Ca me fait passer un petit moment où même je te donne de mes nouvelles et en apprends des vôtres, dont je pense bien que ma lettre vous trouvera tous toujours en parfaite santé. Pour quant à moi, je me porte toujours à merveille, ainsi qu’Albert qui est à peu près guéri.
Il paraît qu’aujourd’hui il y a une revue de commandement pour la classe 1915 pour voir ceux qui sont capables de faire campagne, alors il est probable que vendredi prochain il y aura un convoi pour Bastia.
Le soir, pour nous faire passer la veillée, on s’amuse à se mettre les lits en bombe. Il faudrait nous voir, la vie que nous faisons…
J’avais besoin de venir passer quelques jours ici pour apprendre à faire le lit et aussi à les mettre en bascule.
Nous avons un petit lit en fer avec une espèce de sommier en corde et un bon petit matelas, alors nous sommes très bien couchés. Mon camarade de lit est un Corse très gentil, il me dit qu’on pourrait rester 3 mois ici, qu’on ne changerait pas les draps, alors tu comprends si c’est un hôpital de fantaisie. C’est malheureux pour ceux qui sont malades sérieusement car il paraît qu’ils ne sont pas très bien soignés.
Ici nous avons toujours un temps superbe. Voilà 2 nuits de suite qu’il a plu un peu, mais dans la journée il fait bon. Les arbres commencent à partir, d’un jour à l’autre, on s’aperçoit que les bourgeons se font gros. La vigne n’a pas encore bougé.
Je ne vois plus rien de nouveau aujourd’hui. Le bonjour à Jules et à Rémy ainsi qu’aux parents et aux voisins. Embrasse bien le papa et la maman pour moi et pour toi les meilleurs baisers de ton petit soldat qui pense à vous tous et ne s’en fait pas. Henri.