19 mars 1915 - Corté - Bien chère petite sœur…

Je réponds à ta lettre que j’ai reçue hier soir avec tant de plaisir en apprenant que vous êtes toujours tous en bonne santé. Elle et faite le 15 mars et pourtant elle et partie de Désaignes le 14, alors je vois que tu ne sais plus compter tes paillassons. Pour moi, ma santé est excellente. Je me porte toujours à merveille.
Pour mon linge, je le lave si je veux ou bien je me change, jamais personne ne le lave. Je me croyais rester que 108 jours, alors je n’avais pas apporté de chemise et lundi j’ai lavé la mienne. Toute la journée, je suis resté sans chemise, mais j’étais bien parce qu’il faisait chaud. Pour mes chaussettes, j’en ai une paire qui sont tant soit peu déchirées, mais elles sont encore tout à fait bonnes.
Pour la nourriture, il ne faut pas croire que j’endure faim à maigrir, car il s’en faut. Il y en a qui en ont de reste, alors j’en profite. Je ne risque pas de crever de faim. Lorsque je pourrai me peser, je le ferais et je te l’enverrais.
Nous sommes 4 camarades ici à l’hôpital Vallon qui est près de Vernoux et un Tison qui est près de Silhac et de la Commune de Saint-Michel de Chabiarroux, c’et un nourrisson. Albert et moi, tu peux croire qu’on ne se fait pas de mauvais sang, mais ce sera quand même avec plaisir que je partirais de cet hôpital.
Bien que je n’y sois pas, je vois que vous êtes quand même bien en avance à vos travaux. Je comprends que vous ne faites pas beaucoup de pommes de terre, car nous ne serez pas beaucoup de monde pour les entretenir. Tu me dis qu’il faut toujours des hommes, ça ne m’étonne pas. De cette manière, les casernes seront toujours bien garnies.
Aujourd’hui il y a eu un petit convoi pour le front, mais pas de la classe 1915. C’étaient des prisonniers ou des disciplinaires.
Tu me dis que Phylémon Gayte m’envoie le bonjour. Je te charge de dire à ses parents d’en faire autant de ma part en attendant que j’irais le rejoindre. Quant à la femme de Mazoyer, elle a bien raison de ne pas se faire de mauvais sang, car elle s’en ficherait la tâte contre les murs. Elle ne se ferait que des bosses tandis que comme ça, elle est tranquille. Donne-lui un bonjour de ma part ainsi qu’aux Messieurs Arthaud.
Alors avec le taureau de Groûle vous allez faire une autre paire de bœufs, vous faites bien. Au moins vous serez bien attelés. Quant au Dolly, pour moi je ne lui trouve pas tort s'il faut, il fait bien d’en profiter. Ca ne peut jamais lui faire de mal à part les coups de triques que vous lui donnez quand vous pouvez.
Pour mes lettes, comme je l’ai déjà dit, des amis me les apportent alors ça marche très bien. Tu peux être tranquille pour ma prière, je l’ai toujours dite et a plus forte raison à présent que je suis ici. Je dis même un chapelet tous les jours sur mon lit, alors tu vois si je suis sage et brave.
Bonjour à Rémy et Jules et pour vous tous les meilleurs souvenirs et amitiés de votre petit Ricou qui pense à vous et ne s’en fait pas.

Vareille.