18 mars 1915 (arrivée le 21 mars) – Corté - Ma chère Blandine…

Aujourd’hui comme d’habitude, deux mots pour te donner de mes nouvelles qui sont toujours excellentes et dont je pense que ma lettre vous trouvera tous de même.
Ce matin, le major est venu voir la feuille qui est fixée au mur contre mon lit, où il y a mon nom et le jour où j’ai fait ma rentrée triomphante à l’hôpital, alors il m’a dit « toi tu t’avances, tu nous quitteras bientôt. En effet, qu’il a là un bon malade, tu peux croire, si il y en avait assez de ces malades, la France ne risquerait rien. Tu peux croire qu’on ne se fait pas de mauvais sang non plus ici.
Hier j’ai oublié de mettre au courant de la garde dont tu me le demandes sur ta lettre. Je te le dis aujourd’hui, je ne l’ai prise encore qu’une fois et chaque fois on y est pour 24h. Pendant 2 h, on est de garde et 2 h on se repose. Ce n’est pas bien pénible tu sais. Seulement il y a l’adjudant de bataillon qui est souvent là pour emmerder, c’est une sale bête. On la prend le matin à 10 h et on la garde jusqu’au lendemain à 10h.
J’ai coupé ta feuille de papier au milieu et j’envoie l’autre moitié à Jules, car pour te l’envoyer toute à toi, ça me faisait écrire trop longtemps. Depuis que je suis ici, j’écris tous les jours. Je pense bien que tu dois les recevoir. Il fait toujours beau temps. Je pense qu’au pays, il doit en faire de même. Plus rien de nouveau pour aujourd’hui. Le bonjour à Rémy et pour vous autres chers parents et petite sœur, une pleine lettre de bons souvenirs et amitiés. Votre petit soldat. Riri.
PS : Remets l’autre feuille à Jules. Bonjour d’Albert.