17 mars 1915 (arrivée le 21 mars) – Corté - Bien chère petite sœur…

Comme je te le dis dans de hier, le soir il m’est arrivé 5 lettres dont 2 de ta part et tu penses combien j’étais content de constater que vous êtes toujours tous en bonne santé. Il y en avait une faite du 8 et l’autre du 11 mars, ainsi qu’une carte de Jules, une lettre de Maria et une autre de Rémy qui me dit qu’il a vu la Tour Eiffel avec Héritier de Désaignes, il va très bien.
Sur la première, tu me demandes si Teyre est parti. Heureusement non, mais j’ai peur qu’il parte encore avant moi, comme je suis ici à l’hôpital. Sur une précédente, je te disais qu’il y avait un départ vendredi mais ce n’est pas vrai, car hier soir on ne m’avait encore point nommé. Il n’en savait pas davantage. Alors on en fait toujours partie de ces vieux réformés. Pourtant hier il en est arrivé 7 ou 8 de ces classes, comme Julien. Des plus anciens, c’était des Corses, ce qui prouve que ça ne doit pas aller trop mal qu’on ne les renverrait pas.
Ma petite maladie que je t’avais annoncée est déjà guérie depuis longtemps comme je te l’ai déjà dit sur des lettres précédentes.
A présent, je suis dur comme un chou et pire que jamais parce que je ne fais rien et je mange bien bon, ni je n’endure pas faim car il y a d’autres qui en ont de reste et alors moi j’en profite. Il est à peu près sûr que ça ne me retardera pour partir, car tant que je suis ici, je ne crains rien et en sortant d’ici j’aurais encore 10 jours de repos. Je ne crois pas y rester 20 jours complets. Cette semaine, je ne crains rien, mais la semaine prochaine, j’ai peur que les premiers jours, on me fasse partir. Enfin, je reste toujours couché tant que le Major n’a pas passé. Nous sommes soignés par des soldats comme nous. Comme je l’ai déjà dit, il y a 4 ou 5 curés, c’est tous des Corses. Il y a 3 demoiselles mais on est soigné par ci, par là. Ca va bien comme moi être bien portant, autrement les malades ici ce n’est plus en France. Les trois quarts du temps, il n’ont pas de tisane à leurs faire boire. C’est un petit hôpital. Nous sommes plusieurs camarades ici, alors maintenant le temps passe un peu plus vite. Tous pour la même maladie, mais il y en a qui souffre plus que moi.
N’écoute pas Albert bien qu’il t’écrive qu’il va bientôt partir, crois le que quand moi je te l’écrirais, pas avant.
Pour mes Pâques, je ne sais encore si je pourrais les faire. Je ferais toujours mon possible, toujours il ne faut pas y penser tant que je suis ici à l’hôpital, car c’est défendu de sortir.
J’ai trouvé la prière de Beton et je la mets dans mon portefeuille. Alors Jules vous fait toujours rigoler, ça ne m’étonne pas, tu le remercieras de sa carte en attendant que je lui réponde et lui donneras un bonjour ainsi qu’à Rémy et qu’il tâche moyen de se faire de nouveau ajourner.
Il fait toujours un temps superbe. Embrasse bien le papa et la maman pour moi. Quant à Maria, je lui écris aussi. Reçois de ton petit frère les meilleures caresses qu’il peut t’envoyer en pensant à vous. Riri.