17 avril 1915 – Corté - Ma chère Blandine,

Deux mots pour t’annoncer mon déménagement sous les tentes. Hier quand je suis arrivé de prendre la garde, je n’ai trouvé presque personne à la caserne, surtout des mobilisables sauf les 4 qui étions de garde, alors nous avons mangé la soupe et puis avons trouvé un Sergent pour savoir où nous devons loger, car dans la chambre il n’y avait ni lit, ni couverture. Alors nous sommes venus rejoindre les autres qui étaient descendus le jeudi soir.
Nous sommes à 4 km de Corté et pour écrire le soir, il faut sortir en ville. Autrement dedans on n’y voit pas bien pour nous éclairer. Nous avons une lanterne avec une bougie et puis tu peux croire qu’on se fait du bon sang là-dessous. Surtout je suis avec mes collègues, je couche avec eux mais Albert n’y est pas venu comme il était élève cabot et puis il avait pris un petit furoncle au bout du nez qui l’a fait un peu souffrir, mais à présent il est guéri car ce soir j’allais le voir à la caserne, et il a été parti en ville. Je crois même qu’il a quelques lettres pour moi, mais je ne l’ai pas encore trouvé.
Cette nuit, nous avons eu la pluie et ça commençait à nous tomber sur le nez. Alors tu sais si ça nous faisait rigoler.
Sous ces tentes, nous sommes avec des nouveaux gradés. Je ne sais pas si c’est ceux-là qui vont monter avec nous sur le front, en tout cas, ils n’ont pas l’air des plus débrouillards. Mais enfin encore je ne les connais pas bien. On parle d’un prochain convoi vendredi. J’ignore si je serai du nombre.
Je ne t’en dis pas davantage pour aujourd’hui. Embrasse bien le papa et la maman pour moi, le bonjour à Rémy et à Ferdinand. Et pour toi, les meilleures amitiés de ton petit frère qui ne vous oublie pas. Ricou.