15 avril 1915 (lettre arrivée le 18 avril) - Corté - Ma chère Blandine…

Je réponds à ta lettre que je viens de recevoir avec grand plaisir en apprenant de si bonnes nouvelles. Pour moi, tu sais, je puis t’en dire de même. Je me porte toujours à merveille et puis tu peux croire que je n’ai pas même envie de perdre courage ni de me faire du mauvais sang, du reste ça ne m’avancerait guère, alors il vaut bien mieux le prendre comme ça vient.
Tu me dis que Ferdinand et les 2 Léon sont allés vous faire leurs adieux et n’étaient pas trop contents et bien c’étaient des couillons, car tu sais le métier n’est pas trop mauvais, quoique la journée n’est pas des plus fortes, mais enfin on est habillé et nourri. Il y a des jours où on ne fait pas du travail pour ce que l’on mange seulement puis une fois parti de la maison, on ne pense plus au mauvais sang.
Ce soir, je t’écris du poste de pluie, je suis de garde, mais pas au même endroit que d’habitude. Je suis en vile alors là on a plus de distractions qu’à la caserne et on est moins emmerdé. Je suis avec Vallon.
Alors Bard des Salles te dit qu’on est guère plus avancé que les premiers jours, cependant moi je ne te crois pas comme ça, nous avançons continuellement, mais j’ai tout à fait bon espoir et je crois que ça finira bien pour nous.
Aujourd’hui je vois bien balader ces fameux boches, ils n’ont pas l’air de se faire du mauvais sang, on entend leurs baragouins mais on y comprend absolument rien.
Cet après-midi, nous avons la pluie par moment, alors ça fera du travail pour astiquer les armes.
Je ne vois plus grand-chose à te dire pour aujourd’hui, car je vais aller me coucher parce que je reprends la garde de minuit à 2 h alors il faut me rattraper avant d’y aller.
Embrasse bien papa et maman et surtout ne vous faites au moins pas de mauvais sang.
Le bonjour à Rémy ainsi qu’à ce petit Ferdinand qui a l’air si dégourdi. Pour toi les meilleures caresses de ton petit soldat qui ne vous oublie jamais. Ricou.