14 avril 1915 (arrivée le 18 avril) - Corté - Ma chère Tinette…

Je réponds à ta lettre que je viens de recevoir avec tant de plaisir en apprenant que vous êtes tous en si bonne santé. Pour moi, je puis t’en dire de même. Je me porte toujours à merveille.
Je vois que vous bûchez tant que vous pouvez pendant que moi ici je me fous presque rien.
Aujourd’hui, nous avons fait une marche manœuvre, mais tu sais tout ce que j’ai fait, je suis resté couché dans la bruyère tout le temps de la manœuvre. Les 3 compagnies du séminaire représentaient l’ennemi, seulement la 31ème était de réserve. Alors nous avons manœuvré une petite demi-heure pour achever de refouler l’ennemi qui était les compagnies de la citadelle et de la minoterie. On nous avait donné des cartouches à blanc.
Tu peux croire qu’on ne se fait pas du mauvais sang. Nous avons eu un quart de vin à midi et le soir en rentrant un quart de thé.
Alors vous avez déjà fait pas mal de pommes de terre, malgré que vous ne soyez pas bien de monde. Ce petit Ferdinand est donc un bon dégourdi si il met les pommes de terre. Le taureau de Groûle commence bien à travailler. Enfin je vois que vous faites très bien votre travail malgré que vous soyez seul. Espérons que ça continue ainsi pendant toute mon absence.
Maintenant je vais t’annoncer les nouvelles de la caserne. Ce soir, il est arrivé 22 jeunes de Marseille à la Compagnie. Alors il est probable qu’on ne tardera pas à nous envoyer sous les tentes. La 30ème y sont allés ce soir. Notre fameux adjudant manchot est passé adjudant de bataillon, alors il nous emmerdera bien moins, sauf les jours où nous serons de garde. J’en suis de nouveau demain, mais là on n’est pas mal. Les hommes qui avaient été nommés hier pour partir ont tous été changés. On n’en a nommé d’autres aujourd’hui. C’est un fourbi où on n’y comprend rien. Ils passent la revue devant le Commandant.
Albert continue à suivre son peloton mais toujours par force. Alors ces jeunes petits soldats sont allés vous faire leurs adieux. Ca me fait plaisir si quelques fois plus tard on pouvait se trouver ensemble. Je crois qu’on ne s’en ferait pas.
Alors les Ardéchois ne partent que le 16 mais je pense très bien les voir car ils arriveront probablement lundi.
Je ne vois plus guère autre chose à te dire pour aujourd’hui. Albert vous envoie le bonjour. Le bonjour à Rémy et Ferdinand et pour vous tous les meilleurs caresses et mimis de votre petit soldat qui pense à vous. Riri.