18 avril 1915 - Corté - Ma chère Blandinou…

Aujourd’hui dimanche, je viens de nouveau te parler de ma nouvelle vie dans les marabouts. Hier soir, je suis donc allé en ville. Et après que j’ai eu fait la lettre, j’ai trouvé Albert et aujourd’hui, après la soupe il viendra nous voir. Alors je n’irai pas en ville car c’est un peu loin et lui me portera mes lettres à la poste.
Ce matin, nous sommes allés laver avant de partir, on nous a fait sortir toutes nos paillasses dehors pour leur faire prendre l’air et tous les jours, lorsqu’il fait beau, c’est comme ça, ça nous fait un passe-temps. De sous ces tentes, il n’y fait pas froid du tout. Seulement, si il pleuvait un peu fort, nous ne serions guère à l’abri. Ça aurait vite traversé. Tu peux croire que là-dedans on ne se fait du mauvais sang.
Lorsque je suis venu de laver, un de mes camarades m’a rasé là en plein air, de sous des chênes verts et c’est là aussi que je t’écris ma lettre. Tu peux croire qu’on y est tout à fait bien. Nous avons la cuisine là à côté, ce sont des soldats là comme moi qui font les repas, alors c’est meilleur qu’à la caserne. Il est probable que demain soir j’irai à la caserne voir les jeunes car les Ardéchois arrivent à 15h30. Alors je pourrai trouver Paul, Fraubert ou d’autres du pays.
Je ne vois plus grand-chose à te dire pour aujourd’hui. J’attends que le pain arrive pour aller manger la soupe. Je pense que vous êtes tous en bonne santé, pour moi elle est toujours excellente. Hier j’ai entendu chanter le coucou et avant-hier la grive. Il ne chante pas plus tôt que chez nous. Ce petit soldat qui vous embrasse du fond de son petit cœur. Riri.