11 fév. 1915 (lettre arrivée le 16 fév.) – Corté - Bien chère petite sœur…

Je réponds à ta lettre que je viens de recevoir avec tant de plaisir en m’apprenant que vous êtes tous en assez bonne santé. Pour moi, tu sais c’est toujours de pire en pire, je suis dur plus que jamais. Du reste, jamais je n’avais si bien été. Je mange tout le temps et assez souvent. On boit quelques canons, toujours nous avons des bonnes femmes qui nous suivent, alors tu sais on ne se laisse rien à manquer, et on ne fait que des amusements. Alors il est bien juste que je devienne dur. Le rata est toujours assez bon, par conséquent on a rien à demander de plus.
Tu me dis que tu vois pour vous autres que de faire du mauvais sang. Ca n’avance pas, moi je te dis que tu y as bien mis longtemps pour le connaître. Je ne vous aurais pas cru aussi bête que ça. Vous faisiez cette bêtise pendant que moi ici je me faisais un bon sang terrible. Tâchez moyen de faire tout comme moi. En attendant, nous aurons le plaisir de nous revoir tous et peut-être que je ne tarderais pas bien d’aller revoir la France. Alors à Désaignes, vous en enterrez toujours quelqu’un, que veux-tu, c’et la vie alors il ne faut pas si emballer.
Demain il y a donc un départ mais notre cabot ne part pas. Depuis une quinzaine de jours, il mangeait très peu et cette nuit, il a fumé des cigarettes toute la nuit. Je ne sais pas ce qu’il y avait fait, mais elles ne sentaient pas bon, alors aujourd’hui il s’est fait porter malade et a été reconnu, alors il ne part pas. Cependant il s’est engagé pour la durée de la guerre, il nous dit qu’il n’a que 18 ans mais nous ignorons si c’est vrai.
Aujourd’hui comme hier, nous avons eu la pluie toute la journée, alors nous sommes restés dedans. On nous a fait la théorie et puis avons pris les positions du tireur. Voilà notre travail que nous avons fait pendant ces deux jours et puis tu sais, on fait de belles poses. Ces jeunes conscrits, on les a assez ramassés comme ça, les casernes ne seront jamais vides. Mais Léon n’a pas besoin de se faire du mauvais sang car la vie militaire n’est pas désagréable. Elle me plaît assez. Du reste, il faut le faire alors il n’y a pas à s’emballer.
Et puis tu sais je suis toujours sage comme un angelot, un véritable modèle, en tout et pour tout. Par conséquent, vous pouvez être tranquille.
Le temps n’est pas froid du tout.
Enfin plus grand-chose pour aujourd’hui, surtout ne vous faites pas du mauvais sang. Soyez bien tranquille, car je ne risque rien du tout, pas plus qu’à la maison. Du reste, vous avez des lettres assez souvent.
Albert a reçu sa ceinture, n’est plus élève cabot, alors tu ne le verras pas arriver général. Il vous envoie le bonjour. Le bonjour à Groûle et à Rémy et pour vous tous, les meilleurs souvenirs et amitiés de votre petit militaire qui pense à vous. Vareille Henri.