10 Fev 1915 - Corté - Bien chère Blandinou...

Je pense que vous allez toujours bien. Moi je me porte toujours à merveille et nous ne fatiguons jamais car toujours ce que nous faisons n’est pas trop pénible. Aujourd’hui, nous avons eu la pluie toute la journée, nous devions aller en marche, mais à cause de la pluie, nous ne sommes pas sortis dehors. On a fait un peu d’exercices dans les chambres mais très peu, presque rien. On ne s’est surtout pas fait de mauvais sang.
Aujourd’hui, on nous a donné un médaillon pour mettre à notre poignet, où il y a le nom et la classe, le recrutement et le matricule qui était sur ma feuille de route. Demain il y a revue pour les anciens soldats, caporaux et sergents et ils partent vendredi. Notre caporal est du nombre. De temps en temps, il arrive quelques blessés, autrement nous resterions seuls.
Albert me dit qu’il s’est fait rayer du peloton parce qu’il trouvait qu’on le faisait trop barder, je le lui disais les premiers jours, mais il ne voulait pas me croire, mais il a vu que c’était bien vrai.
Maintenant, je vais te parler un peu de ma caserne. Il paraît que c’était un séminaire et il y avait une chapelle, dont on l’a démolie pour en faire des prisons et cellules, il y a un beau bâtiment, mais je ne pense jamais trouver des cartes pour vous la montrer, pourtant j’espère bien l’envoyer, mais je ne sais quand.
Dimanche, je me suis fait photographier, seulement il n’a pas de carte pour faire la photo, il en attend tous les jours. Aussitôt qu’il en aura reçu, il m’en fera et vite je vous en enverrai une et vous me verrez mieux en grand, j’y serais tout entier.
Albert vous envoie le bonjour. Recevez les meilleurs souvenirs et amitiés de votre petit fantassin qui vous embrasse tous et pense à vous, mais ne se fait pas de la bile. Bonjour à Rémy. Vareille Henri.

PS : Hier, j’ai reçu une lettre de Rémy qui va toujours bien. Il l’a faite à Lagny.