Je réponds à ta lettre que je viens de recevoir avec grand plaisir en m’apprenant que vous êtes toujours en bonne santé. Pour moi, je me porte toujours à merveille et trouve la soupe et le ratha bien bon. Même le café n’est pas mauvais. Je mets ma gamelle à moitié de pain et voilà mon déjeuner. Tous les matins, je fais là un régal.
Alors cette année, vous avez une belle provision. Je crois que je ne pourrai guère la goûter fraîche. Mais j’en mange assez souvent ici, presque tous les jours il y a des morceaux de lards, mélangés au ratha. Le gras est bien bon, mais le maigre imite la vache. C’est grossier comme ça, il est bon quand même.
Je te promets qu’on n’endure pas envie de viande. Nous en avons toujours 2 fois par jour, mélangée avec des pommes de terre, ce qui n’est pas mauvais.
Aujourd’hui, Albert est allé souper en ville, ce qu’il fait de temps en temps si il a de l’argent.
Henri Maneval m’a écrit ainsi que Carl qui me dit qu’il sort de l’hôpital. Tu me dis que lui ne se presse pas de marcher mais ça il ne faut pas lui trouver tord. Pour moi, il fait très bien d’en profiter.
Hier de nouveau, je suis allé aux Vêpres et jeudi il y a communion de tous les enfants et pour la France, alors c’est fête. Est-ce la même chose à Dessaignes ?
Aujourd’hui, le matin, exercices comme d’habitude et ce soir, c’est-à-dire après-midi on nous a donné une pelle ou pioche à chacun et nous avons fait une tranchée alors vous pensez si on devait tacher moyen de ne pas se la fouler. Nous avons passé une bonne journée.
Tout doucement, on nous fait compléter le sac. A partir d’aujourd’hui, il faut y mettre une couverture. Pour moi, il ne me fatigue pas. Depuis quelques jours, nous portons tous une petite pelle ou pioche au ceinturon pour faire de petites tranchées couchés.
Quoiqu’il y ait deux jours que vous n’ayez pas eu de mes nouvelles, je pense bien que vous ne devez pas languir. Il est probable que ce sont les lettres qui ont du retard. Car comme je l’ai déjà dit, j’écris toujours au moins un jour ou l’autre, par conséquent vous pouvez être tranquilles.
Le temps nous dira de savoir ces jeunes conscrits, s’ils auront fait des soldats. Léon Duverguier et xx, je n’en doute pas mais celui de Chaudoreille, je ne sais qu’en dire. Ces vieux corses, ici, maintenant ne sont plus à l’exercice. On les emploi pour les corvées alors ils sont bien.
Il y en a la moitié qui ne comprennent pas le français, ils sont rigolos à les entendre parler. J’ai peur de repartir d’ici sans pouvoir comprendre un mot de ce baraguoin. Ici il y en a qui sont en retard. Le dimanche, ils fendent du bois ou on les voit arriver avec leurs ânes et une charge de bois, alors ils ne sont pas tous dévots. Et puis ici, les petits gamins on les fait marcher à coups de cailloux ou de triques, comme leurs ânes.
Enfin je suis obligé de m’arrêter car ma lettre est pleine. Embrasse bien le papa et la maman pour moi. Le bonjour à Rémy et aux voisins. Reçois les meilleures amitiés de ton Pioupiou. Vareille H.