13 Fev 1915 - Corté - Bien chère Blandinou...

Aujourd’hui samedi, j’attendais bien une lettre de ta part, car ordinairement le samedi il y en a toujours une, mais je ne m’en fais du mauvais sang, pas de nouvelle, bonnes nouvelles. Voilà ce que je dis, alors j’en attends une lundi. Aujourd’hui, j’en ai reçu 4, une de Riri du Vergier et l’autre de Marguerite, une de Béchoulet des salles busses, une carte de Ferdinand et une de Maria de Jamaysse, alors tu vois que je ne suis pas sans nouvelles.
Je pense que vous allez toujours bien, pour moi je me porte toujours à merveille et ne me fais jamais de mauvais sang, et je pense bien que vous faites comme moi. Hier, on nous a de nouveau vacciné pour la typhoïde. L’après-midi, nous sommes allés au tir à 130 m et aujourd’hui nous n’avons rien fait, nous sommes allés nous promener au soleil, car il a fait bien chaud, mais cette nuit, ça avait gelé un peu. Pour le vaccin, ça ne fait pas mal. Ce soir, dans la chambre, il y a la neige qui nous amuse et puis nous sommes une bande du pays et là, nous buvons un petit coup tous en famille. Si tu savais comme c’est agréable. Nous sommes presque la moitié de l’Ardèche. Ce soir, pour souper, nous avons eu une bonne soupe et puis de la morue pour la première fois, mais moi j’en ai point mangé. Je suis allé chercher pour deux sous de fromage et me suis régalé, tandis que les autres me disaient que la morue ne valait rien. Aujourd’hui, j’ai vu un bœuf seul qui labourait une vigne, et puis qui marchait bien tout seul. Les charrues sont faites un peu dans le genre des nôtres en bois, mais je ne l’ai pas encore bien fait examiner.
Maintenant Albert sort presque tous les soirs en ville, ce qui prouve qu’en ce moment, il a de l’argent.
Je ne vois plus grand-chose à te dire pour aujourd’hui. Embrasse bien le papa et la maman pour moi, ainsi que toi, Maria et Riri. Surtout ne vous faites pas du mauvais sang, car ici on ne s’en fait pas. De temps en temps, je cesse d’écrire pour boire un coup alors tu vois comme on s’en fait…
Recevez de votre petit soldat tout dévoué les meilleures amitiés. Vareille Henri.

PS : Bonjour d’Albert