6 Mars 1915 - Corté - Ma chère Blandine...

Je crois que je vais t’étonner en recevant cette lettre, en t’annonçant mon arrivée à l’hôpital, pour avoir attrapé les oreillons. C’est une bagatelle de rien du tout, car ça ne me fait pas souffrir. Tu sais seulement c’est contagieux, et c’est pour cela qu’on m’a envoyé à l’hôpital. On me dit que j’en ai au moins pour 20 jours à rester ici, alors tu penses si je serais bien. Je ne ferai rien du tout et tu sais, ça ne fait pas souffrir. De chaque côté, sous mes oreilles, c’est enflé, ça me gêne pour tourner la tête, mais c’est tout. Le plus embêtant, c’est que je ne pourrai pas sortir. Autrement je serais comme un roi. Pourvu que j’ai bien pour bouffer, je ne me ficherais pas mal du reste, c’est ce que je ne sais pas encore, car j’ai pris aucun repas, je suis rentré cet après-midi.
Ce qui m’a étonné en rentrant dans ma chambre, j’ai aperçu un crucifix qui pend au mur et il est juste au pied de mon lit, alors ça me fait plaisir.
Depuis mercredi, je n’ai pas eu de lettre de ta part, j’en attends une après demain lundi, aujourd’hui j’en ai reçu une de l’oncle Henri qui est dans le Pas-de-Calais, il fait des tranchées mais ne travaille que la nuit, car il n’est pas loin des Alboches.
Je ne vois plus grand-chose à te dire pour aujourd’hui. Je vous embrasse tous au fond de mon petit cœur. Votre petit soldat qui pense à vous tous et ne s’en fait pas. Vareille Henri. Bonjour à Rémy.