5 Mars 1915 - Corté - Ma chère Blandine...

Deux mots pour savoir de vos nouvelles et t’en donner des miennes qui sont toujours très bonnes et j’espère bien que ma petite lettre te trouvera de même.
Ceux qui avaient demandé à partir volontaires ont été refusés par le commandant, il a fait refaire la liste, on a apporté tous les plus jeunes. Pour l’instant, il n’y en a que 25 par compagnie, ils ne savent pas où ils vont, nous ne partons pas d’ici avant le 20 mars, alors nous n’irons voir les boches qu’au mois d’avril. Alors puis il fera moins froid. Tu peux croire qu’on se fait toujours du bon sang tant qu’on peut. Nous en profitons avant de partir, car peut-être sur le front on ne pourra pas toujours en faire autant.
Nous passons toujours un bon hiver sans endurer froid, ici maintenant que nous sommes au mois de mars, il fait presque chaud. On a une flemme qu’on ne peut se trouver pour marcher. On commence bien à transpirer. Je crois que s’il fallait l’été ici, on y crèverait de chaud entre ses rochers. Je trouve que le soleil est déjà bien chaud. Voici le travail que nous faisons dans la journée. Le réveil est à 6 h, nous partons pour l’exercice à 7h et nous rentrons à 9h30. Pendant ce temps, nous faisons l’escrime à la baïonnette, et les positions du tireur debout, à genoux et couché. Nous repartons à midi et nous allons là-bas sur une montagne appelée Sainte-Lucie. Il faut une heure pour y aller. Une fois là-bas, on fait la petite guerre avec les autres compagnies et des cartouches à blanc. Ca, c’est bien amusant ici, si ça faisait la même chose là-bas, tu peux croire qu’on ne s’en ferait pas, seulement j’ai peur que les Allemands ne veulent pas l’entendre comme ça. Nous allons faire à coups de fusil ou de canon.
Plus grand-chose pour aujourd’hui, ne vous faites pas de mauvais sang car on ne s’en fait pas. Ton petit pioupiou qui vous embrasse tous du fond de son petit cœur. Vareille Henri.