7 mars 1915 (arrivée le 9 mars) – Corté - Ma chère Blandinette…

Ta lettre est datée du 28 février 1915. C’est avec plaisir que je réponds à ta lettre qu’Albert m’a apporté hier en venant me rejoindre dans ma chambre, ainsi que mon caporal pour les oreillons, alors tu vois que nous ne devons pas nous quitter, car partout où je passe, lui me suit, alors tu peux croire, on ne se fait pas du mauvais sang. Le soir, on se couche à 6h et le matin on se lève à 9h ou 10h, enfin quand on veut. Moi je ne dois pas sortir que le 26 mars et j’aurai encore 6 jours de repos à la caserne, ce qui me fera presque un mois de repos et si c’était en temps de paix, j’aurais au moins un moi de convalescence.
Tu vois, je ne suis pas prêt à aller au fer, puisque j’ai au moins 26 jours de repos. Je n’irai que lorsque le coucou chantera, alors puis il y fera bon là-haut. Ne vous en faites pas du mauvais sang tant que je n’y suis pas, car pour moi, tu sais ça ne me travaille pas. C’est le dernier de mes soucis celui-là.
Pour le tir, être bon ou mauvais, ça n’y fait rien du tout, on ne le regarde pas, alors ce n’est pas ce qui m’avancera. Le mandat je l’ai reçu. Je te l’ai déjà dit sur une précédente. Vous avez trouvé un petit berger pour Maria, c’est très bien.
Alors tu as eu la visite de Samuel, il est heureux lui aussi pendant que les autres se battent, rester dans les hôpitaux, c’est que on n’y est pas mal. On s’emmerde bien un peu parce qu’on ne peut pas sortir. On fait comme on peut.
Il a alors bien engraissé, mais je crois qu’ici on ne nous engraissera pas tout parce qu’on n’a pas de reste pour boulotter tu sais. Tous s’en plaignent. Là-bas au continent, pour ma maladie on reste 8 jours sans manger, on a du lait à volonté mais c’est tout. Tandis qu’ici, on nous a donné à manger le lendemain, du reste moi j’avais faim et puis ici si on est malade, on n’est pas soigné que vaille, ça va bien comme moi. Venir à l’hôpital et être bien portant. Ce n’est que des Corses qu’on a pour infirmiers, ils sont bien gentils. J’y prendrais quand même patience, surtout maintenant nous sommes 4 amis et Albert a apporté ses cartes alors temps en temps on fait une partie. Ca fait passer le temps en attendant que la soupe arrive.
Après dîner, je me suis de nouveau fichu sur mon lit et là j’ai fumé une cigarette bien tranquille. Tâchez moyen d’être aussi tranquille que moi.
Ce qui me fait plaisir, c’est de vous savoir toujours en bonne santé. Pour moi, je puis t’en dire de même. Ma santé est excellente. Il paraît qu’Albert a envoyé au Vergier de ne pas lui répondre, qu’il devait partir, ne croyez pas cette blague là car ce n’est pas vrai. En même que la tienne, il m’en a apporté deux de Maria et une de Elisabeth qui m’en faisait quatre.
Embrasse bien le papa et la maman pour moi et ne vous découragez pas au moins et pour toi les meilleurs baisers de ton petit pioupiou, soldat d’un sou qui pense à vous tous. Vareille Henri.
PS : Ne fais pas attention que j’ai commencé ma lettre à rebours. Albert vous envoie le bonjour.