Deux mots pour donner de mes nouvelles et en même temps en apprendre des vôtres dont je pense qu’elles sont toujours très bonnes.
Pour quant à moi, je vais toujours à merveille et suis toujours content du métier de militaire. Ce matin, nous sommes de nouveau allés au tir et cet après-midi, nous avons fait une tranchée et puis l’avons rebouchée. Ce soir, nous avons soupé sur le terrain de manœuvre, nous avons passé une très belle journée.
Il n’y avait que le vent qui soufflait à toute force. Ici c’est encore plus diable qu’aux hanches pour souffler, par moment il nous arrête de marcher, ça nous envoie des grains la pleine figure, on ne pouvait pas ouvrir les yeux, heureusement que ce vent n’est pas froid.
Hier matin, je me suis fait de nouveau photographier, par un nouveau photographe qui vient de Bastia et il m’a fait mes photos tout de suite, et en même temps, je suis mieux qu’avec Albert, quoique je suis encore sérieux, mais je suis cependant connaissable. J’ai eu les photos ce matin à 10h, 3 francs la douzaine, ce n’est pas trop cher. J’en mets une dans ma lettre dont je pense qu’elle ne vous fera pas honte de moi.
Aujourd’hui, j’ai eu une lettre de Rémy qui est à Vaires. Il me dit qu’en 2 jours, il a passé 184 trains de munitions, surtout de l’artillerie, alors la France n’est pas encore perdue et tous les jours il arrive des réformés.
Plus rien pour aujourd’hui, le bonjour à Rémy et pour vous tous les meilleurs caresses de votre petit soldat qui ne s’en fait pas. Vareille Henri.