Aujourd’hui jeudi j’attendais une lettre de ta part, mais à cause du mauvais temps, le bateau a eu du retard et les lettres du continent n’arriveront que demain.
Je pense que vous allez toujours bien. Pour quant à moi, je me porte toujours à merveille et ne me fais jamais de mauvais sang. Il faudrait nous voir tous les soirs dans la chambre, la vie que nous y faisons tous ensemble, ces pauvres traversins n’ont pas beau temps.
Ce matin, quand nous nous sommes levés, il tombait de la neige, ça a duré jusque par là à 10h30, puis après elle a fondu. Tu vois qu’il ne fait point froid.
Aujourd’hui, il y a eu une revue devant le commandant du dépôt pour les blessés qui sont assez guéris, et il en part demain.
Bien quant à nous, nous ne savons encore rien du tout de notre départ.
Aujourd’hui, je me suis fait donner une paire de souliers neufs, alors maintenant je suis tout à fait bien chaussé. On nous donne de très bons souliers.
Nous avons passé une très belle journée, nous n’avons rien fait. L’après-midi, il y a eu revue d’armes par l’Adjudant, qui revient du front lui aussi, mais le pauvre diable il y a laissé son bras droit, ce qui fait qu’il n’a que la main gauche.
Hier, nous avons manœuvré devant le colonel que j’ai vu pour la première fois. Je vous promets que son képi ferait une belle cible avec ses galons.
Albert suit de nouveau son peloton tant qu’il a eu des sous. Presque tous les soirs il sortait et revenait content, mais maintenant il ne sort plus.
Plus rien de nouveau pour aujourd’hui. Embrasse bien le papa et la maman, Maria et Riri pour moi. Le bonjour à Rémy et pour toi les meilleures caresses de ton petit frère qui pense à tous mais qui ne s’en fait pas. Vareille H.
PS : Mon photographe ne trouve pas de carte ici, ni à Bastia pour finir les photos alors il l’a télégraphié à Montpellier, ce qui porte 5 ou 6 jours plus tard sur mon adresse, mais y 11ème escouade.