Comme d’ordinaire, aujourd’hui, je ne laisse pas passer la journée sans t’écrire, car ça me fait passer un moment.
A présent, je suis complètement guéri de mes oreillons. Je suis dur de nouveau comme jamais, car maintenant je ne fais absolument rien du tout. Tout mon travail, c’est de me coucher tant que je peux.
Je pense bien que ma petite lettre vous trouvera tous en bonne santé. Comme infirmiers ici à l’hôpital, il y en a 4 qui sont curés, seulement ils sont habillés en militaire comme nous naturellement. Ce sont tous des Corses, mais ils sont quand même bien gentils, même les malades, il y en a au moins les 3 quarts qui sont Corses. Ici, on n’entend que parler le baraguoin Corse, je commence à comprendre quelques mots, mais pas beaucoup. Je crois qu’il me faudra quitter la Corse sans pouvoir comprendre grand-chose. Ils sont amusants à les entendre parler.
Ce matin, je me suis levé à 9h. Tu vois si c’est une vie heureuse la vie militaire, aucun souci de rien du tout pas mieux d’aller manger. Quand c’est l’heure, on me l’apporte. Je suis là comme un roi, seulement on n’en donne jamais de reste, on va au rabiot par là, autrement on la sauterait.
Enfin, je ne vois plus guère autre chose à te dire pour aujourd’hui. Ne vous faites au moins pas de mauvais sang, car moi je suis un des plus heureux du monde. Vous devez peut-être commencer à faire quelques pommes de terre par là au jardin. Le bonjour à Rémy et à Jules. Embrasse bien le papa et la maman pour moi, sans t’oublier toi ou plutôt fais toi embrasser pour moi. Ton petit soldat qui pense à vous tous. Vareille Henri. Bonjour d’Albert.