14 Jan 1915 - Corté - Mes bien chers parents,

Aujourd’hui ni hier, je n’ai pas eu de vos nouvelles. Aujourd’hui, j’ai reçu une carte des sœurs de Jules, ce qui fait plaisir d’avoir des nouvelles du pays. Je pense que vous allez tous bien. Pour moi, ça va toujours très bien.
Hier, nous avons fait une marche avec le sac au dos, mais vide cartouchière et fusil. Nous sommes partis à 8h et rentré à 14h30, alors la journée n’a pas été longue. Je ne trouve pas qu’on nous fasse bien bûcher et on n’est pas mal, pourvu que ça dure encore longtemps.
Hier j’ai vu Courasse de la Trois, mais nous n’avons pas pu nous parler, c’était à la marche. Il est à la caserne de la Citadelle ici à Corté. Il y a 3 casernes : la caserne du Séminaire où il y a 3 compagnies ; la Citadelle 3 compagnies et la minoterie où il y a 2 compagnies. Il y en a en tout 8 compagnies. Nous sommes à la 31ème Compagnie, 3ème section et la 11ème xx. Nous avions un élève caporal bien gentil mais il est parti aujourd’hui comme caporal pour Aix en Provence et puis d’autres aussi, il y avait aussi des sergents. Notre caporal c’est un Corse qui n’est pas mauvais garçon, seulement dimanche il est allé en permission pour 24h et il est resté 3 jours et demi et ma foi il a eu 19 jours de prison, alors maintenant nous n’avons pas de caporal. C’est Albert qui est chef de chambre et nous sommes 17 dans la chambre.
En ce moment-ci, on voit quelques carrés de vigne, ces corses travaillent pour le tailler. Ici le temps n’est pas froid, hier et aujourd’hui ça avait gelé un petit peu mais dans la journée il fait chaud alors nous n’endurons pas le froid du tout. Albert est toujours bien gentil en ce moment. Il n’a pas le rond alors il ne risque rien, il vous envoie à tous le bonjour. Plus grand-chose pour aujourd’hui, le bonjour à Rémy et Jules et pour vous les meilleurs souvenirs et amitiés.
Votre pioupiou qui pense à vous. Au moins, ne vous faites pas de mauvais sang car moi je ne m’en fais pas du tout, le bonjour à Groûle et au voisin. Vareille Henri.