29 mars 1916 - Ma chère Blandinou...

Je viens de nouveau te faire un moment la causette. Je pense que ma lettre vous trouvera tous en bonne santé. Pour moi, ça va toujours à merveille et ne me fais jamais de bile. Toute la journée, je ne fais que jouer aux cartes. Si tu savais comme le fromage a été le bienvenu, seulement il y en a déjà presque plus. Il est excellent. Envoie m’en un autre si tôt que tu pourras car je ne sais encore pas où nous irons en repos. On trouvera peut-être ce qu’il faudra mais un colis de chez nous est toujours bien vu. Envoie-moi aussi du papier à lettres dans une enveloppe, ça ne te coûte rien. Les lettres n’arrivent pas non plus régulièrement ici car aujourd’hui il y en avait très peu à la compagnie. Le lieutenant qui commande ma section s’est fait évacuer avant de venir ici, mais nous le regrettons, car il était gentil. Le sergent a été blessé mais pas gravement. Nous sommes toujours en réserve et partons à l’arrière un de ces jours.
Ne vous faites au moins pas de bile pour moi, car je ne m’en fais jamais. En attendant de nous voir bientôt, je vous embrasse tous bien tendrement.

Henri.
PS : Ces jours-ci, par moment on avait la pluie mais aujourd’hui le temps s’est refroidi. PS 2 : Depuis 3 jours, à 16h, on nous donne du thé.