Tu ne saurais croire la vivacité de notre plaisir en recevant hier 3 de tes lettres : l’une du 19, 20, 21 nous annonçant ta bonne santé, quoique ton retour dans la tranchée, nous espérons que cela se sera maintenu ainsi pendant le séjour que tu dois y rester. En même temps, est arrivé le petasson auquel je ne te fais pas de compliments. Il n’en était pas des plus propres, mais enfin c’est de pardonner dans les tranchées. Je te remercie de tout mon cœur mais encore je préfère la soie. Tu m’avais apporté, alors je la conserve pour te la montrer à ton retour, qui n’est peut-être pas encore mais espérons que tout donnement ce beau jour arrivera. Je garde le pétasson, aussi nous avons trouvé le communiqué dont tu nous faisais part. Cela nous a fait plaisir et c’est bien commode à trouver. Nous y ferons bien attention à ton signal et avions compris que tu devais être là. Enfin tache de bien te soigner, nous t’enverrons un petit colis, un peu plus souvent selon que tu désireras, nous ne voudrions pas que tu endures la faim. Pour nous, la santé quoique la grippe veut y mettre son nez pour tous les trois, mais cela ce n’est rien. Dimanche l’oncle Marius est venu greffer des cerisiers, des pommiers, des pruniers, donc chez toi ils sont autant avancés qu’ici. Aujourd’hui, le papa est allé mener du fumier à Groûle. Demain la maman et moi allons aider la Tante à Chodoreille, à faire boucherie. C’est moi qui vais prendre le sang. Tu sais bien que je suis tant hardie. Hier il a tombé de l’eau tout le jour. La maman et le papa en ont attrapé une petite rincée, ils ont mené un veau et l’ont vendu. De l’affaire, nous tirons la vache qu’on te disait méchante, c’est la maman qui l’a fait hier soir et ce matin papa s’y tenait devant mais elle n’a pas bougé, ni bien donné le lait.
Le papa et la maman se joignent à moi pour te faire gros gros baisers. Reçois les plus douces caresses de ta petite Blandinou.