27 mars 1916 - Ma chère petite sœur...

Ce soir je viens de nouveau te faire un petit moment la causette. Je pense que vous êtes toujours tous en bonne santé. Pour moi, ça va toujours à merveille et sommes toujours ici en repos mais encore en cantonnement d’alerte pour 2 ou 3 jours, après foutons le camp en arrière. Sommes cantonnés dans un faubourg de la ville et sommes bien logés. J’ai un édredon de civil pour coucher alors tu penses si je suis bien couché là-dessus. A présent, les boches bombardent la ville, ils voient qu’ils ne peuvent pas l’avoir, alors la démolissent. Aujourd’hui, j’attendais une lettre de toi, mais je ne sais pas si c’est que tu n’as encore pas reçu les miennes, mais j’en ai pas eu non plus, alors je remets ça à demain. Ce qu’il y a d’embêtant, on ne trouve jamais rien du tout à acheter, ni vin ni rien. Avec ce capitaine, on n’est pas bien nourri du tout. Jamais on touche du supplément alors on ne risque pas d’engraisser ici, vivement qu’on parte à l’arrière pour pouvoir s’arranger.
Je ne vois plus grand-chose à te dire pour aujourd’hui. Bien des mimis au papa et la maman, le bonjour à Rémy et Ferdinand. A toi, bien des caresses, tes lapins et pilloux que font-ils ?

Henri.