24 mars 1916 / 8h soir - Groûle - Mon bien cher Henri…

Je réponds vite à ta lettre du 18 reçue aujourd’hui avec beaucoup de plaisir, car depuis longtemps nous n’avions rien reçu de toi. On commençait à s’inquiéter et enfin aujourd’hui 6 lettres sont venues nous rassurer. Il y en avait 4 pour Blandine, 2 pour moi. Tu me dis que tu ne dois pas être bien loin de Rémy. Si au moins tu pouvais le voir, mais ça nous étonnerait. Il m’a aussi écrit aujourd’hui. Il rentrait de nouveau aux tranchées mais n’allait pas au même endroit. Il pense toujours que la fin de la guerre n’est pas loin, mais en attendant le temps passe et la guerre continue toujours. Ces jours, il y a beaucoup de prières pour la faire finir. Il faut espérer que Dieu exaucera nos prières. Maintenant je vais te raconter le malheur qui nous arrivait. Ma chèvre noire a fait les chevreaux mercredi soir, elle en a fait 3, il y en a eu un de crevé mais enfin j’étais bien contente des autres deux. Tout allait bien, enfin j’étais bien contente. Voilà que ce matin tout subitement j’ai vu la mère malade et bien mal, au moins à midi elle a été crevée et pourtant je lui ai fait ce que j’ai pu. Tu peux croire que je la plains bien, elle était bien bonne et maintenant je vais nourrir les chevreaux avec la bouteille en attendant si je trouvais à en acheté une autre, car avec une je ferais pas beaucoup de fromage et puis qui sait ce qui m’arrivera quand elle fera les chevreaux. Enfin vois-tu ça me dégoûte bien, mais si la guerre finissait et que Rémy et toi reviennent, tout le reste sera rien. Marie est repartie hier mais tiens la maison est bien grande à présent. Je ne m’étais jamais autant aperçu de son départ que cette fois. Riri est à la maison, il couche car demain je vais à la messe. Il parle toujours de toi, se souvient encore que tu l’as habillé.
Plus rien pour ce soir, un bonjour de Maria et la mère G. Mille bons baisers de Riri et ta petite sœur qui pense toujours à toi.

Maria V.