17 mars 1916 - Ma chère Blandinou...

Si tu savais comme j’étais hier soir quand le caporal m’a apporté une lettre de toi en m’annonçant ta bonne santé, puisque tu avais déjà reçu ma lettre de Lyon. Comme tu dis, il pleuvait aussi, j’ai vu ça du train, mais ne me suis pas mouillé du tout, car le jour que j’ai marché à pied, il faisait très bon. J’ai mis longtemps mais j’ai fait un voyage superbe, tout s’est très bien passé. J’ai encore un bout de saucisson, tout était excellent. Je crois que tu pourras m’envoyer un colis quand tu voudras car ici on ne trouve absolument rien du tout, faudrait y mettre un peu de mèche pour mon briquet. Je veux aussi te demander si tu n’as pas trouvé mon couteau, celui à plusieurs lames, car je dois l’avoir perdu, mais si tu le trouves, ne me l’envoie pas, c’est pas la peine. Pour moi, ça va toujours à merveille et ne me fais jamais de bile, sommes toujours au même endroit en repos.
J’espère que tu reçois mes lettres, car je t’écris chaque jour. Surtout ne vous faites pas de mauvais sang pour moi, car je m’en fais pas du tout. Je ne sais pas si tu pourras tenir parole, ne plus crier. Je verrais ça d’ici quelques jours mais je crois bien que tu gueuleras toujours. Bien des mimis au papa, à la maman, Maria et Riri sans t’oublier toi. Le bonjour aux parents et voisins ainsi qu’à Rémy et Ferdinand.

Ton petit frère qui ne s’en fait pas. Ricou.
PS : A Lyon, j’ai eu 2 h d’arrêt, j’ai vu personne.