22 février 1916 - Ma chère petite sœur...

Je réponds à ta lettre du 19 reçue avec grand plaisir en apprenant tes bonnes nouvelles et merci beaucoup du colis. J’ai déjà bouffé ton bâton de chocolat. Il était excellent mais t’aurais bien pu le laisser au petit Riri. Je m’en passe assez facilement. Je suis presque assez grand. Ça va toujours à merveille. Jamais j’avais été si heureux qu’en ce moment. Nous ne faisons rien du tout, on nous laisse bien reposer. Aujourd’hui il tombe la neige et ne fait pas chaud. Heureusement, nous avons une belle petite chambrette avec un bon petit feu toute la journée. On joue aux cartes là devant ce petit feu. C’est une belle vie. Ne t’en fais pas pour mon linge. J’ai déjà 4 chemises. Je vais en empacter en allant te voir. Quant à Vallon, il y a déjà pas mal de temps qu’il ne m’a pas écris. J’ignore pourquoi. Je constate que tu dois radoter car tu me dis « je joins l’adresse de l’Oncle Henri ». Pourtant j’ai cherché, tourné et retourné mais point d’adresse. J’ai trouvé à présent, ce n’est pas la peine que tu l’envoies. Je vais aller la chercher. Si comme tu me dis je rencontrais Henri Maneval, ça me ferait bien plaisir.
Je ne vois plus guère autre chose à te dire pour aujourd’hui. Embrasse bien le papa et la maman pour moi en attendant d’aller le faire un de ces jours et pour toi 1.000.000 de gros mimis et autant à distribuer.

Ton petit frère. A bientôt. Henri.