8 janvier 1916 - Le Buisson - Mon cher Henri...

Je te remercie de tout cœur des souhaits que tu m’adresses pour cette nouvelle année. Les miens pour ta santé, pour ta conservation au milieu de tant de dangers, ne sont pas moins sincères. Tous les soirs nous prions pour les pauvres soldats, particulièrement pour nos parents, nos amis. Oui mon cher Henri, le Bon Dieu exaucera nos prières en nous donnant bientôt la paix, gage de la victoire. Il n’y a pas longtemps que j’ai vu en allant à Désaignes ta femme et tes enfants. Ils allaient très bien. J’ai fait une caresse au petit Camille qui est fort gentil. Demain, je ferai passer ta carte à Marie. Cela lui fera plaisir. Je donnerai aussi de tes nouvelles à tes frères que je rencontre assez souvent. Leurs enfants soldats vont bien, je ne me rappelle pas où ils sont cantonnés. Jusqu’à aujourd’hui, nous avons eu un temps de printemps, trop chaud même. Mais ce matin, on voyait un peu de neige sur les cimes de Saint-Agrève. Puis un beau soleil a luis et tout à disparu. Mais le vent d’ouest, l’Auvergnasse souffle assez fort. Il n’y a rien de bien nouveau au pays que le départ des auxiliaires, dont mon neveu Charles est du nombre. Il est à Nîmes dans l’artillerie. Là il a trouvé Douzet qui lui sera un bon camarade. Nous allons tous bien ma sœur, ma nièce et moi. Elles t’envoient un grand bonjour. 
 Adieu mon cher Henri. Porte-toi bien, que le Bon Dieu te protège afin que bientôt nous ayons le plaisir de te revoir pour toujours. Je te serre bien affectueusement les deux mains. 

Ton vieil ami. Abbé Arthaud.