Je réponds à ta lettre du 21 reçue avec plaisir en apprenant tes bonnes nouvelles.
Je vois qu’Albert vous a encore foutu la frayeur, mais il ne faut pas croire que c’était son heure de condamnation, tout de même les petits postes, c’est un peu plus exposé pour ce qu’on est plus près, alors on se fout des pétards. Mais tout ne tombe pas dans la tranchée.
Au moins ne vous faites pas du mauvais sang, ni d’illusion du moment que je vous écris tous les jours, il me semble que vous pouvez être à peu près tranquilles, puis à présent il y a beaucoup de chance que je ne reprenne pas ces tranchées jusqu’après le 19 mars avant ma permission.
Pour moi ça va toujours à merveille et puis tu sais je ne m’en fais pas, pourtant je viens de passer deux jours en première ligne, pas loin des boches mais ça s’est très bien passé. Ca a été calme en face de nous. Puis on n’est pas des chasseurs pour rien. Tu peux croire, jamais je ne m’effraie. Si ça bombarde trop, je fais une petite prière à la Sainte-Vierge tranquillement. Soyez bien tranquille à présent, il est fort probable que nous ne reprendrons pas les tranchées au cas où nous les reprendrions, ma Compagnie sera en réserve tout le temps, mais nous ne pensons pas y retourner.
J’y joins une petite bague dont je pense te fera plaisir. Ce n’est pas la croix de guerre mais le petit triple est aussi joli. Ces jours-ci, je vous contenterais toutes les 9.
Nous sommes au repos depuis cet après-midi. Je vous embrasse de tout cœur.
Henri.
PS : je pensais aussi au papa. J’y joins aussi une carte.