22 janvier 1916 - Ma chère Blandinou...

Hier soir, j’ai eu le plaisir de lire une de tes gentilles lettres. Je vois que vous êtes tous en bonne santé et je puis t’en dire de même, ça va toujours à merveille. Ce matin, j’ai dormi jusqu’à 9 h parce que ce soir nous allons en première ligne seulement pour 2 jours. Tu ne mets pas longtemps pour faire ton marché, tu ne dois pas payer beaucoup de bouteille pour arriver et ramasser encore 12 jets de feuille. Ca m’étonne pas si vous êtes toujours en avance. Ne t’en fais pas pour la blague, elle sera toujours assez jolie. Alors le fils Côte ne peut pas venir en France. Hier j’ai reçu une carte de Baud des Salles et me charge de bien vous donner le bonjour. Il pense bientôt aller en permission. Notre capitaine a assez soin de nous chaque fois que nous venons aux tranchées. Il nous achète un porc et avons une portion en supplément. Le temps n’est pas froid du tout. A l’escouade, nous sommes plus que 9 et le chef d’escouade hier, il en est parti un autre en permission et notre cabot n’est pas encore rentré. 
Je vous embrasse bien tous du fond de mon petit cœur. 

 Ton petit frère. Henri.