25 décembre 1915 - Ma chère Blandinette...

Je réponds à ta lettre du 19 que j’ai reçue hier avec beaucoup de plaisir en apprenant vos bonnes nouvelles. Pour moi, ça va toujours à merveille et comme tu le sais, ne m’en fais jamais. Aujourd’hui, je n’ai même pas pu aller à la messe car il est défendu de quitter le cantonnement et l’Eglise se trouvant loin d’ici, je n’ai pas pu y aller. Ce sera pour une autre fois. Hier soir, nous avons fait réveillon, avons mangé un bon morceau et bu un bon petit coup l’escouade ensemble. J’ai passé une bonne fête, mais elle aurait été encore mieux si j’avais pu aller à la messe. Je pense que vous avez bien fait un petit repas aussi. Pour l’imperméable, ce n’est pas la peine d’en parler, ça charge toujours et puis ces peaux de mouton ça garantit pas mal. Jusqu’à présent, je n’ai jamais été mouillé alors je vous remercie beaucoup, mais ne vous dérangez pas, puis voilà plusieurs fois que j’ai entendu dire que la division devait aller au repos pour 45 jours après ces 4 jours de tranchées mais je ne sais encore pas si cela est bien vrai. J’espère quand même que oui, alors ça nous mènerait au 19 février, alors bientôt on se reverrait. Nous avons toujours le même temps, pas froid du tout, mais souvent la pluie. 
Au plaisir de nous voir ici en attendant, mille baisers du vitrier pas bileux. 

Henri. 
PS : j’y joins une carte de mon caporal.