17 décembre 1915 - Chers Papa et Maman, petite soeur...

Ce soir, je viens de nouveau faire la causette avec vous tous un peu de loin, mais en attendant de pouvoir le faire de plus près. Je pense que ma petite lettre ira tous vous trouver en bonne santé. Pour moi ça va toujours à merveille et ne me fais jamais de bile du matin au soir. Ici à Saint-Eloi, je ne fais que jouer aux cartes car nous n’avons rien à faire du tout. Avant de venir ici, j’ai fait ma petite lessive, mais j’ai fait cuire ma chemise et mon caleçon et j’ai eu bien moins de peine à le laver, puis si il y avait quelques poux, ça leur faisait leur affaire. On nous a donné des galoches comme des bottes, avec une grande jambe qui nous monte au ventre, c’est une toile imperméable. Il faut mettre ça avec nos souliers mais il est pas possible d’en marcher, surtout dans la boue. Nous avons aussi une peau de mouton chacun, ce qui garantit bien du froid et de la pluie. Heureusement qu’à présent pour aller aux tranchées, nous ne portons plus le sac, alors on est moins chargé. Aujourd’hui, le temps n’et pas froid du tout, seulement il pleut de nouveau. Enfin c’est un sale temps. Je crois que vous pourrez planter tous vos choux de bonne heure si là-bas il fait comme ici. 
Plus rien de nouveau pour aujourd’hui. Ne vous faites au moins pas de mauvais sang pour moi car moi je ne me fais jamais une minute. Le bonjour à Rémy et Ferdinand et pour vous tous mes plus tendres baisers. 

Votre petit chasseur qui ne s’en fait pas. 
 PS : A présent, nous ne payons le vin que 19 sous le litre.