5 novembre 1915 - Carqueirannes - Cher Oncle et Chère Tante...

J’en profite aujourd’hui qu’il pleut pour vous faire savoir de mes nouvelles qui heureusement sont toujours très bonnes et je désire de tout mon cœur que ma lettre vous en trouve tous de même. Je vous dirais tout d’abord que je suis toujours très content ici à Carqueiranne, car nous avons pas à nous plaindre ici dans ce pays, nous sommes bien logés et assez bien couchés et puis on est bien ici car il ne fait pas froid. Moi je voudrais y passer mes 3 ans tous entiers, au moins on ne risque rien, cela ne ressemble pas avec ceux qui sont sur le front. Je crois tout de même passer l’hiver ici, on veut pas que nous montions avant le printemps prochain et des fois même plus tard. Si des fois la guerre pouvait se terminer et les affaires s’arranger pour la classe 16 ne monterait pas. Chère Tante, je vous dirais que je suis tout près de Léon du Vergier, nous nous trouvons presque tous les jours, cela fait passer un peu de temps. Nous sommes logés dans les maisons, un peu partout, moi je suis logé dans une cuisine. Je suis très bien, je suis tout près de la mer, je la vois tous les jours du matin au soir. Je vous dirais que je crois aller en permission de 15 jours, peu aux environs du 15 de ce mois, mais je ne sais pas encore quand est-ce que je partirais parce que je suis des derniers à partir, parce qu’on part par lettre alphabétique alors les V sont tout à fait des derniers. 
Chère Tante, lorsque vous écrirez à Henri, vous lui donnerez un grand bonjour pour moi ainsi qu’à l’Oncle et à la Cousine Blandine et Maria et aussi à son petit Riri ainsi qu’à Rémy Chavrier. Je termine en vous embrassant tous du fond du cœur. 

Léon Vareille, au 112 de lig, 29 Comp, 2 Groupes, 13 Escouades. Carqueirannes, Var.