Je réponds à ta lettre que j’ai reçue avec grand plaisir en apprenant vos bonnes nouvelles et puis l’agréable surprise de Rémy. Je comprends que vous avez dû être étonné en le voyant. Pour moi, ça va toujours à merveille et je crois que bientôt j’irais aussi vous surprendre, car après ces 8 jours de tranchées, il va en partir en pagaille des permissionnaires, nous devons 27 ou 28 jours de repos, alors c’est une affaire.
T’as eu la visite de Ferdinand, je ne crois pas qu’il monte si tôt sur le front, car à présent tous les grands coups sont donnés, on ne fait que garder les positions. Il y en a même qu’on expédie en Serbie, car il y en a déjà pas mal partis, d’abord tout le 3ème corps.
Dans le cantonnement, nous couchons sur la paille, mais on n’a pas froid du tout, nous avons une couverture et une toile de tente qui nous quitte jamais. Dans les tranchées, on n’a pas froid non plus, on reste dans les trous et en première ligne, on se met couverture et toile sur le dos, on tache moyen de ne pas endurer. Quoique ce matin, il ne fait foutre pas chaud, après la pluie aussi je reste dedans.
Vous pourrez à nouveau semer car hier il a dû pleuvoir chez vous comme ici. Les 5 sous par jour sont toujours en question, mais pas encore touchés, et les sous-officiers sont déjà diminués de 5 sous par jour. Le papa peut le croire mais pas les officiers, il y en a assez pour aujourd’hui.
En attendant le plaisir de vous voir bientôt, je vous embrasse tous du fond de mon petit cœur.
Henri.
PS: C’est 8h du matin, j’ai très bien dormi dans mon trou, on s’aperçoit qu’on est la semaine avant la Toussaint, car comme les autres années, il commence à ne pas faire chaud. J’ai une bonne veste, ne m’envoie rien avant que j’arrive. J’irais le chercher. J’écris avec la bougie dans mon trou, il y fait bon. A bientôt.