22 octobre 1915 - Chère petite sœur...

Aujourd’hui comme tous les jours avant la soupe, je viens m’entretenir un petit moment avec toi. Je suis toujours en parfaite santé et je désire de tout cœur que ma lettre vous puisse trouver tous en aussi bon courage que moi et puis tu peux croire que je ne me fais jamais de bile, nous sommes 4 ou 5 jours à l’escouade et puis Tison et Valla qui sont à la 2ème, si tu nous voyais des moments, on t’amuserait. Nous avons quitté la garde à midi et après-midi, sommes allés nous amuser à faire des jeux comme font les petits gosses à l’école en guise d’exercice et ce soir, je vais de nouveau me balader en Tinocques, tu peux être tranquille on ne s’en fait pas. Le 22ème d’artillerie a quitté le front hier ou aujourd’hui et a embarqué, mais nous ne savons pas où il va, peut-être en Serbie ? car il y en est pas mal parti, il voit que par ici, il n’y a rien à faire, alors on essaye de les avoir là-bas. La paix ne viendra que par là et peut-être bientôt, du moins je l’espère. On commence que ça soit, ça ne peut plus durer longtemps. Ce soir, j’ai reçu une lettre qui est signée Xavier Vareille, pourtant il y a 112ème d’infanterie. Aurait-il changé de régiment pour être avec son frère ? 
Enfin plus rien de nouveau pour aujourd’hui, en attendant le plaisir de vous voir bientôt, je vous embrasse tous bien tendrement. 

Ton petit frère qui ne s’en fait pas. Riquet.