18 octobre 1915 - Ma chère petite Maman...

Je réponds à la lettre que Blandine a faite pour vous, laquelle j’ai reçu avec grand plaisir en apprenant vos bonnes nouvelles à tous. Mais je comprends quand même que vous vous faites du mauvais sang et que vous ne deviez pas faire du tout, car vous pouvez être bien certaine que je ne m’en fais pas une minute, bien loin de là. Du reste, j’espère pouvoir vous le faire voir, car les permissions reprennent. Alors vous verrez comme j’ai toujours bonne mine une fois, bien rosé, je suis frais comme une petite rose. Le mauvais sang ne me gêne pas. Je vous en supplie au moins, ne vous en faites pas pour moi, soignez-vous bien et voilà tout. Hier, nous avons touché une chemise, un caleçon, une paire de chaussettes, un mouchoir, une serviette, une paire de souliers de repos et des bandes moletières. C’est souvent qu’on nous donne des effets neufs, alors j’ai 3 chemises, 2 caleçons. J’ai commencé hier d’en mettre une paire, 4 paires de chaussettes toute neuves, 6 mouchoirs. Je suis monté. Je vois que Blandinou fait aussi du commerce avec ses lapins. J’ai presque peur qu’elle fasse fortune. Heureusement que le piliou rouge est crevé sans elle, ça y était. Alors vous avez commencé à semer. Ici j’en ai vu de sortie. Je vois aussi que tout est bien cher. Ici le temps n’est pas froid, mais voilà 3 jours, nous avons eu le brouillard. Je me suis levé à 6h30, suis allé au xx, à présent je fais la lettre. Hier à 6h, j’ai été aux Vêpres. Chère Maman, ne vous en faites surtout pas pour moi. Je vous écris chaque jour, alors je ne vois pas comment vous osez vous faire du mauvais sang, moi qui suis au danger, jamais une minute je ne me fais de bile. 
En attendant le plaisir de vous voir bientôt, recevez chère Maman les plus beaux baisers de la part d’un cœur de chasseur qui pense à vous tous. 

Votre petit Riri.