6 septembre 1915 - Chère petite sœur...

Deux mots ce soir pour te donner mes nouvelles qui sont toujours très bonnes et dont j’espère que ma lettre vous trouvera de même.
Nous sommes de nouveau au repos de 10 à 20 jours. Ce n’est pas fini. Cette nuit, on s’est appuyé 29 km avec le sac complet et puis 200 cartouches. Ca commençait à faire du poids aussi le temps durait d’arriver, quoique je n’ai pas été trop fatigué. Nous sommes arrivés à minuit. Déjà cet après-midi, nous avons eu la visite de 2 généraux. Ils nous donnent même pas le temps de nous nettoyer pour venir nous voir, nous sommes dans un petit village où il y passe une petite rivière, alors là on est comme des rois.
T’aurais resté un jour sans lettre car hier je ne t’ai pas écrit et ce matin je n’ai pas eu le temps. Mais enfin ça ne fait rien tu sais on se fait toujours pas de bile.
Aujourd’hui j’ai reçu une lettre de Marguerite du Vergier avec une pièce de 20 sous, une d’Albert me disant qu’il pense aller en convalescence partir les derniers jours de cette semaine. Quelle chance qu’il a mais il ne vous faudra pas trop croire ce qu’il vous dira, car je crois qu’il va vous en raconter de toutes les couleurs. Il est quand même veinard pour une maladie de rien du tout, pouvoir aller en convalescence…

Plus grand-chose pour aujourd’hui en attendant le plaisir de nous revoir, je vous embrasse tous bien tendrement. Vareille.