23 septembre 1915 - Chers papa, maman et petite sœur...

Aujourd’hui je m’adresse à tous à la fois car nous n’avons rien à faire, alors j’ai bien le temps de vous causer. A partir de ce soir, nous nous tenons prêts à partir aux tranchées, mais nous avons quand même de la chance, car c’est le 42ème Chasseur qui attaque et nous serons en réserve et c’est la 7ème Compagnie la dernière du 44ème qui marchera et nous ne marcherons peut-être pas du tout, mais enfin, si toutefois je ne vous écrivais pas tout à fait si souvent, il faudrait pas vous effrayer, car j’aurais peut-être pas toujours si bien le temps.
Aujourd’hui, on nous ramasse les couvertures pour alléger nos sacs, on les redonnera dans une huitaine de jours. Si tu entendais ce bombardement qu’on leur envoie aux boches, il paraît que leurs tranchées sont complètement bouleversées. Du reste, on les bombarde depuis 4 jours sans relâche et je crois que ça dure jusqu’à dimanche qui se fera le plus gros coup. Enfin, tout ce qu’on désire c’est la fin de cette vie et espérons que ce sera bientôt. D’après ce que tu me dis, Albert est beaucoup plus raisonnable.
Hier, Tison et Valla ont trouvé Touron de Lamastre, il va très bien. Moi je ne l’ai pas vu, il a des nouvelles de Tourasse mais il a bien la jambe coupée. Touron est au 237ème de ligne.

Plus rien pour aujourd’hui, on se fait toujours pas de bile, tâchez d’en faire de même. Votre petit chasseur qui vous embrasse tous bien tendrement et ne s’en fait pas. Vareille Henri.